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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 18:46

14 mois !

 

C'est le temps qui se sera écoulé depuis la dernière fois où j'ai pris le temps de pondre un article consacré aux copistes/détourneurs/hommageurs de ma plus grande idole : le dessinateur et peintre américain Frank Frazetta.

 

"Faites des gosses", qu'y disaient...

 

Et puisqu'il vaut mieux en mettre moins à chaque fois pour revenir plus régulièrement, je ne vais pas faire (trop) long.

 

Aujourd'hui, on va s'attarder sur quelques cases dessinées entre 1950 et 1953 par un tout jeune Frazetta (le bonhomme est né en novembre 1928), alors qu'il paufinait encore sa technique dans des comics, principalement des Western.

 

Durangokid 15 02 

Cette page est extraite de Durango Kid n° 15, et fait partie de la série écrite et dessinée par Frazetta dans sa jeune vingtaine : l'Indien Blanc (Dan Brand - White Indian).

 

L'intégralité des 6 pages de cette histoire - La dernière de la série (inédite en France) "The White Wolf" est visible en entier (parmi d'autres merveilles) sur ce blog époustouflant pour un fada comme moi : http://pencilink.blogspot.fr/2010/04/durango-kid-15-frank-frazetta-art.html

 

Je vais attirer votre attention sur la dernière case :

 

Durangokid 15 02case

 

 On a ici une posture typique des bandes de Frazetta où l'on voit un animal vu de 3/4 arrière, avec l'avant du corps dans l'obscurité.

 

Et quand il estime qu'une de ses compositions fonctionne, il n'hésite pas réutiliser celle-ci, ou (en bon peintre pompier qu'il est), à chercher à la développer pour en intensifier l'émotion .

 

La case en noir et blanc qui suit est extraite de THUN'DA (toujours Frazetta) au début des années 50.

 

Observez les similitudes entre le loup et le tigre à dents de sabre.

 

 

 

 

 

 

 

thun'da

A nouveau, sur cette autre case signée Frazetta à la même époque, on retrouve chez le loup, la même posture de 3/a arrière avec la tête dans l'ombre (ci dessous).

33p-case2 

.

 Je vous avais déjà montré la case qui suit (voir ici ), pour illustrer comment Kelley Jones comptait souvent sur frazetta (ainsi que sur Bernie Wrightson, Munch ou encore Gustav Klimt) pour composer ses cases.

 

deadman

 Deadman par Kelley Jones (1989)

 

Le loup montré un peu plus haut provient de cette planche montrée ici dans son iontégralité (très peu connue), signée Frazetta donc, et qui évoque fort un certain Petit Chaperon Rouge :

33 

Attardons-nous à présent sur la case qui précède celle analysée plus haut, la cinquième de la page :

33p-case1

 

On y trouvera une parenté avec le loup aux babines luisantes qui fait face à un Frodon remonté, et que frazetta dessinera en 1975, près de 25 ans plus tard, pour le portfolio du Seigneur des Anneaux (ci-dessous) :

LOTR-Frodo-Wolf

 

 A ce stade, on peut émettre une hypothèse : Dans les années 70, au sommet de sa gloire, Frazetta utiliserait les compositions de ses premiers travaux pour en tirer le brouillon de ses nouvelles oeuvres. On sait que le bonhomme ne considérait jamais un tableau comme fini, et qu'il pouvait (au grand dam de son entourage qui aurait préféré le voir faire de nouvelles images), repeindre directement sur la toile, une version nouvelle d'un tableau qui ne lui plaisait plus en l'état.

 

Vérifions l'hypothèse.

 

Nous allons voir à présent, comment une même case peut servir jusqu'à... quatre fois !

 

jimmiewakely

"The Million Dollar Tombstone," Jimmy Wakely n° 6 (Juillet-Août 1950)

 

Un gros plan sur la mule de la première case, avec cette pose des pattes arrières bien caractérisée, et la queue tournée vers la gauche : Sur un promontoire, les protagonistes regardent au loin les montagnes dans lesquelles ils comptent bien aller chercher de l'or.

jimmiewakely-case

 

 Planche issue de Durango Kid n°11 (1951). Frazetta a alors 22 ans.

Durangokid_11_05.jpg

 

Ici, un gros plan de la première case.

 

On retrouve la composition décrite plus haut d'un animal vu de 3/4 arrière, avec l'avant du corps plongée dans le noir, sur un promontoire (pour attirer l'attention du spectateur sur ce qu'observe la bête et son cavalier).

Cette case est extraite de l'édition française de l'Indien Blanc (éd. Fromage), écrit et dessiné par Frazetta en 1952.

white-indian

 

On retrouve la posture du cheval et du cavalier observant un convoi dans cette autre oeuvre de jeunesse de frazetta :

 

Star-Spangled-Com-113pp 

 (Star Spangled Comics n° 113 - 1951)

 

Observez comme la posture des pattes (toujours la même en arrière), la position du cavalier ancapé, le museau, la queue, sont rigoureusement les mêmes. Ici, on ne peut pas parler d'un tic de dessinateur, comme dans le cas précédent, mais bien d'une auto-copie !

 

Bien des années plus tard, en 1974, Frazetta se rappellera cette image qui lui avait bien plu, pour composer un de ses tableaux : The Rider (le Cavalier) pour une couverture de roman de E.R. Burroughs.

 

frank frazetta therider-400x503

 

Puisqu'elle a été peinte à peu près en même temps que son tableau le plus fameux "The Death Dealer" - 1975 (dont le cas a été traité ici), il a été avancé que le tableau ci-dessus en aurait été une sorte de version 0.1, mais Frazetta n'a jamais éclairci ce point.

 

Alors on peut aussi imaginer que la série de dessins de Frazetta pour le Seigneur des Anneaux en 1975, notamment la scène d'affrontement entre un Nazgûl et la belle Eowyn (ci-dessous) a pu, une fois mélangé au souvenir de la composition déjà utilisée quatre fois par Frazetta...

 

LOTR-nazgul_eowyn.jpg

 

... donner naissance au légendaire Death Dealer  (1975 également) !

 

deathdealer-vrai

 

Et dire que l'ancêtre de ce percheron tout droit sorti de l'Enfer, connu dans le monde entier, et récemment choisi comme mascotte d'un régiment d'US Marines...

 

Death-Dealer-Statue.jpg 

                      ... aurait pour ancêtre une bonne vieille mule !

 

Mais puisque cette rubrique ne serait pas ce qu'elle est sans une bonne Frazettade, je reviens brièvement sur The Rider peint par Frazetta en 1974 :

frank frazetta therider-400x503

 

... Pour venir le poser sagement au dessus du cavalier de La Roue (dessin de Kovacevic - Coll. Vécu - Glénat 2001)

 

drazen kovacevic - la-roue

 

 

Il me semble qu'au delà de l'anecdote du jeu de piste, on a avec ces quelques exemples de généalogie d'image chez un même auteur, une des raisons pour laquelle tant de dessinateurs ont cédé à la tentation de "piquer dans le jardin" de Frazetta (cf. ci-dessus !) : Frazetta semble nous laisser en héritage des recettes qui pourraient donner l'impression que ses "visions", son imaginaire, son esthétique, pourraient être reproduit facilement. Comme toute oeuvre qui semble "évidente" au yeux du public.

 

Mais quand on creuse un peu, on comprend qu'il a fallu à Frazetta qu'il digère ses nombreuses influences (Hal Foster, Allen St John, Roy Krenkel...) et qu'il a dû affûter son propre regard, pour trouver sa patte.

 

Derrière la nonchalance affichée du joueur de base-ball, dessinateur en dilettante (l'image qu'il aimait donner), son oeuvre semble être une suite d'éternelle tentatives de capter une émotion, en reprenant des même thèmes pour les transcender en leur donnant des nuances différentes à chaque fois. Pragmatisme d'un artiste commercial pressé d'aller jouer avec ses enfants... mais aussi véritable obsession d'un véritable artiste en urgence d'accoucher une vision fugace avant qu'elle ne lui échappe (la plupart de ses tableaux ont été fait en une session, parfois une nuit).

 

Comme Monet et sa série de rochers à la Pointe des Cotons (Belle Ile en Mer) ou le Mont Ste Victoire peint et repeint à l'infini par Cézanne.

 

Evidemment la comparaison a de quoi faire lever les yeux aux ciel, mais après tout, le mystère Frazetta (car depuis plus de 20 ans il continue d'exercer ce pouvoir sur moi), ne peut se laisser enfermer dans un simple costume de faiseur (certes à part) d'un art vulgairement commercial.

 

Par la récurrence de thèmes et de postures dans son oeuvre, on peut donc tout aussi bien choisir d'y voir un style unique, plus subtil qu'il n'y paraît, mille fois imité, jamais égalé.

 

Une caractéristique de son oeuvre qu'il semble partager avec une autre de mes idoles, dont les routes se sont d'ailleurs croisées, le temps d'une affiche de film :

 

clint_frank.jpg

 

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 15:43

C'est la Toussaint.

Du coup, je n'ai pas une grosse envie de travailler.

Un petit break "Frazetta et les clones" s'impose.

 

 

Je viens de terminer la couverture d'un prochain numéro du magazine branché comics SCARCE. Son principal dossier sera consacré à une série de mon enfance pour laquelle j'ai une tendresse particulière :  Power-Pack "Puissance 4" qui paraissait dans Spidey.

 

En quête d'une "direction artistique" pour rendre justice aux quatres frangins/frangines de cette série originale de Marvel, j'ai eu l'idée de lorgner du côté du dessinateur Arthur Adams et son encreur indissociable de l'époqueTerry Austin. Austin avait souvent encré cette série, et en avait même dessiné un épisode entier. Du coup, ça m'a donné envie de composer une de ces couvertures chorale avec une palanquée de personnages en pied. Je ne la montrerai pas aujourd'hui pour en garder la primauté au journal papier.

 

Et quel bonheur de se replonger dans le travail foisonnant et minutieux d'Arthur Adams !

 

Adams cite souvent ses idoles : Berni Wrightson (Frankenstein) , Walt Simonson (X-Men/Jeunes Titans), Mike Mignola, Bill Sienkiewicz, Mike Golden, Gene Colan, John Buscema, John Romita et le dénominateur commun de nombre d'entre eux : Frank Frazetta.

 

Les thématiques des histoires et illustrations d'Arthur Adams sont proches de celles de Frazetta : Dinosaures, bimbos de la jungle, Vampiresses, Godzilla, King-Kong, ou les monstres de la Universal (Loup-Garou, Dracula, Frankenstein, Créature du Lagon Noir...)

 

Lors de son passage sur X-Factor 41 et 42 juste à l'issue de la saga Inferno (en France, la V.I Facteur-X n°9 et 10), il nous montrait la chambre d'un ado Anglais, qui ignore encore qu'il a des pouvoirs d'alchimiste. Sur le mur de sa chambre, on distingue un poster acollée à la bulle. Je soutiens (vous allez voir, c'est capilo-tracté !) que les zigouigouis de son encreur Allen Milgrom... sont des vestiges d'une signature de frazetta !

 

arthuradams.jpg

 

Comparez les dits zigouigouis dans la case ci-dessus, le double "T barré", et le premier essai de signature tout en bas à droite, avec le "e" fait de 3 traits horizontaux, avec la signature de Frazetta ci-dessous :

 

 frazettasig.jpg

 Puis il y a cette deuxième case dans la même planche, où l'on découvre le deuxième poster, sans cette fois d'évocation de signature de Frazetta en soi, mais avec cette thématique typiquement frazettienne de la bimbo préhistorique en complet anachronisme avec des dinosaures ou des dents de sabre.

 

arthuradams2.jpg

 

Exemple avec la couverture de Frazetta (Vampirella n°5 - 1970).

 

vampirella-5.jpg

 

Parce que le jeune Arthur a dû lui aussi accrocher des posters de Frazetta au-dessus de son lit quand il était ado, il ne résiste pas au plaisir de rendre hommage à Frazetta, comme dans la vignette ci-dessous encrée par Terry Austin, et extraite du mythique annual des New Mutants (paru en France dans Titans 114-115 - 1987), avec l'apparition des non moins mémorables X-Babies et Mojo.

 

arthuradams3.jpg

 

Le tableau de Frazetta cité par Adams est "Flying Alligator" (1983), et créé pour être le visuel du grand-huit d'un parc d'attraction de Nashville :

 

flying-alligator.jpg

 

A la fin des années 80, Marc Silvestri a été à peu près à la même période qu'Adams un brillant dessinateur de l'univers mutant de Marvel, notamment sur Uncanny X-Men et Wolverine. Il s'est depuis bien perdu dans des influences malheureuses, lors de "l'âge des ténêbres des comics mainstream " (début des 90's, et la création d'Image Comics avec ses potes superstars d'alors : Jim Lee, Mac Farlane, Liefeld and co).

 

Récemment il a repris provisoirement le destin graphique de Hulk.

hulk_silvestri.jpg

 

Cette couverture flashy, de par la disposition des personnages, l'utilisation d'une lune grossie à l'extrême m'évoque  les éléments épars de 3 autres couvertures, toutes peintes 45 ans plus tôt pour le magazine Creepy par Frazetta :

 

creepy-draculacreepy-frankn

              "Wolfman meets Dracula"...                             "Beyond the Grave"

                   Creepy n°7  - 1965                                            Creepy n°10 - 1966

 

nightstalker

                     "Nightstalker"

               Creepy n° 32 - 1970

 

Et puisque j'ai évoqué plus haut le goût de frazetta pour les femmes et les tigres à dent de sabre, je reviens sur cette fameuse image "Cavewoman" déjà évoquée dans une précédente chronique pour ses nombreux emprunteurs.

En plus des précédents exemples trouvés de Frazettade © (néologisme pour dire pompe de Frazetta - marque déposée), j'en ai relevé quelques nouveaux :

 

cavewomanspidey-26.jpg

 

Au-dessus Cavewoman, signé Frazetta         ... Puis une couv de Spidey n° 26 -

            (l'original de 1964) ...                                            par Mitton ?    (mars 1983)

                                                                                 Le tigre devient celui de Ka-Zar : Zabu.

                                                                                       l' intérieur de l'épisode est

                                                                                            signé Kirby (mai 1964)

 

strange54.jpgSpecialStrange13.jpg

 

  2 (magnifiques) couvertures                     ... Tigre qu'on rebaptisera "Zabuz".

               de Jean Frisano                                    Parce que quand-même, ils

Le même Ka-Zar et son tigre à dent           'zabusent un peu, chez Lug non ?

  de sabre - (Strange 64 - juin 1974)...          Spécial Strange n° 13 - août 1976

 

 

Car tantôt c'est le tigre à dent de sabre qui est à gauche qu'on retrouve sur un autre dessin, tantôt c'est celui de droite qui sert. Pratique. En politique, ça s'appelle "l'alternance".

 

On continue avec une de mes marottes de gosse : "le livre dont vous êtes le héros" (je n'étais pas très porté sur le sport). Le tout premier d'une collection achétée uniquement pour les couvertures et les illustrations intérieures (j'avais alors une de ces flemmes à jeter les dés et tenir les comptes de mes points-vie), était "L'Ile du Roi Lézard".

 

Je poste la couverture, et deux de ces illustrations intérieures qui renvoient à Cavewoman.

 

ile_du_roi_lezard.JPG

 

ile_du_roi_lezard2.jpgile_du_roi_lezard3.jpg

 

Et puisque je suis un petit coquin, je glisse des clins d'oeil à Frazetta dans mes propres planches. Ainsi, quand j'aurai l'opportunité de dessiner un intérieur estudiantin dans ma série "Paotr Louarn" (Le Garçon Renard en Français : 'faut suivre un peu !), je glisserai aussi MA citation de Cavewoman dans le deuxième épisode (Louarnig n° 106 - juillet 2011) :

 

cavewoman-paotr-louarn.jpg

 

cavewoman-paotr-louarn2.jpg

 

 

... Et cette petite dernière ci-dessous rajoutée au dernier moment, et qui clôt vraiment cette chronique.

 

Celle-ci me concerne au plus haut point, puisqu'il s'agit d'une case extraite de mon album Tom et William, page 44.

Quand un sorte de Tarzan mixé à Rahan affronte deux dents de sabre, je ne peux que citer mon idole en la matière !

 

tom-et-willliam.jpg

 

  Une manière superstitieuse, sur les traces d'Arthur Adams et consorts, de m'inscrire dans la tradition des fans de Frazetta !

 

 

On en garde un peu pour la prochaine chronique ? Allez !

 

A la prochaine.

 

 

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 08:02

Zagor est né en juin 1961, de l'imagination de Guido Nolitta (Sergio Bonelli) et du crayon de Gallieno Ferri. Ses aventures ont paru en France dans le périodique YUMA. Si le petit format a couru de novembre 1962 à décembre 1993 pendant 374 numéros, Zagor n'y apparaîtra qu'au numéro 74. Il en deviendra néanmoins instantanément et jusqu'à la fin, la série phare.

 

Pour plus d'infos, allez lire le bel article que lui consacre François Corteggianni, et de manière générale, à vous perdre dans son blog.

  

Pour saluer l'événement, j'ai dégotté quelques couvertures en rapport avec ma thématique de Frazetta. (On salue comme on peut !).

 

Commençons par une brève présentation du personnage :

 

Yuma074.jpg Yuma248.jpg

      Le n° 74 de YUMA (déc. 1968)                      Le n° 248 de YUMA (juin 1983)

   1ère apparition de Zagor en France.                      Celui par lequel j'ai connu la série.

 

A présent, regardez ces 3 couvertures de petits formats, issues de 3 séries différentes (dont un YUMA représentant ZAGOR). Les poses sont les mêmes, classiques de l'homme sauvage observant depuis son arbre les activités de l'homme civilisé. Et même quand l'habit de ZAGOR le rangerait parmi les "blancs civilisés"... le petit détail de l'arme préhistorique le range malgré tout dans le camp des Tarzan.

 

 La quatrième est antérieure aux trois premières, date de 1962, et est signée Frazetta.

 

Yuma093 Yataca.jpg

               Yuma n° 93                                        Yataca n° 182

             (juillet 1973)                                                                     (août 1983)

 

Meteor119.jpg tarzan

                Météor n° 179                           Couverture de Tarzan

                                                          "The Lost Empire" - Lancer - 1962

 

 

 

Revenons à YUMA, la revue où paraissait les aventures de ZAGOR, avec cette autre couverture (n°249 - juillet 1983)  illustrant un épisode des aventures de JAN LAZARE.

 

 Pour dessiner l'iguane, le dessinateur s'est probablement inspiré...

Yuma249

 

 ... De celui ci-dessous, dessiné par Frazetta 10 ans plus tôt en 1973.

Fraz-lizard-ink 

Et que penser du dragon de cette couverture de la série Bleue des fameuses et sulfureuses éditions Elvifrance ?

Que c'est un nouveau plagiat ? On est tenté de répondre par l'affirmative !

 

serie-bleue-88.jpg

 

Un autre peintre a eu la même idée en réalisant la couverture de cette édition Française de Bilbo le Hobbit et datant de la fin des années 70.

bilbo.jpg

 

Frazetta lui-même semble s'être tourné en arrière sur sa propre oeuvre, lorsqu'il signera l'étrange iguane aux deux uniques canines proéminentes de cette peinture de Vampirella en 1996.

vampirella1996.jpg

 

 

gandalf-howe Revenons un instant à l'univers de Tolkien.

 

L'influence de la vision Frazettienne dans la représentation du monde des Hobbits se retrouve à maintes reprises. Peter Jackson lui-même reconnaît l'apport des tableaux de Frazetta dans la construction de "Sa" Terre du Milieu. Toujours au cinéma, 1978 marque la première adaptation du Seigneur des Anneaux. Il s'agit d'un dessin animé, oeuvre de Ralph Bakshi. Le même Bakshi réalisera en 1983 le film d'animation "Tygra", d'après un personnage de Frazetta, et en étroite collaboration avec lui (merci Zaïtchick pour le rectificatif des dates !) .

 

Avec de tels parcours croisés entre Frazetta et  l'univers Tolkien, pas étonnant que les illustrations les plus fameuses, comme le fameux Gandalf sous la pluie du Suisse John Howe... ressemble furieusement à l'une des quelques illustrations que Frazetta a consacré au Seigneur des Anneaux dans les années 70.

 

(ci-dessus : Gandalf par Frazetta).

 

Ci-dessous, le même Gandalf par John Howe, qui rejoindra un autre très grand illustrateur, l'Anglais Allan Lee, sur le plateau de Peter Jackson pour définir l'aspect visuel de la trilogie.

gandalf-howe2.jpg

 

Allez ! Un petit comparatif de la version Frazetta avec celle (ultérieure) de John Howe.

gandalf-howe1-2.jpg

 

Retour à nouveau sur une couverture de YUMA, représentant la série JAN LAZARE. IL est à noter que le méchant (il s'appelle INCOGNITO !), ressemble furieusement au fameux Death Dealer de Frazetta (dont les nombreux avatars plus ou moins légitimes ont déjà été longuement traités ici). 

 

Yuma256 deathdealer-vrai

                 Yuma n° 256                                     Death DEALER

                        (février 1984)                                                              (1973)

 

 

 

 

 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 22:15

Vite ! Prendre le temps entre deux boulots d'une petite chronique de "frazettades", vite fait bien fait.

 

Bill Wray est ce qu'on appelle aux Etats Unis un cartoonist. Quelque chose entre Plantu et Matt Groening. Il a en effet officié logntemps à Mad, et est surtout connu pour son apport graphique à un cartoon très fameux outre-Atlantique "Ren & Stimpy" (dans l'esprit de "Bob l'Eponge", ou "Oggy et les Cafards", si vous voyez.. Bien-sûr, que vous voyez).

 

Je l'ai connu pour ma part il y a une quinzaine d'années, lorsque je cherchais fébrilement chaque numéro de USA magazine. C'est dans un des numéros de cette mythique revue (pour moi en tout cas), que j'ai dégotté cette histoire courte "Scritch...Scritch... Scritch..."' dessinée par Wray.

  

Et ce qui est rigolo, c'est d'y relever un emprunt à Frazetta à peu près toutes les 5 cases !

Prenez la première page : il y a deux frazettades là-dedans.

  

Des preuves ? Je vous invite à regarder la nana dans les cases 3 et 6...

bill-wray-1.jpg

... Et à la comparer à celles dessinées dans les années 50 (3 décennies plus tôt) par Frazetta pour des pulps érotiques :

baby2.jpg  baby

 

Observez maintenant la jolie pépée signée Frazetta de la case suivante ("Sans Coeur" - 1954) :

 

sans-coeur.jpg

 ... Et comparez-la avec celle dessinée par Bill Wray, en page 2 de la même histoire : La main, l'encrage du bras droit... Jusqu'au bras improvisé par Wray, nettement moins bon que celui qu'il a copié sur Frazetta.

 

bill-wray-5.jpg

Vous n'êtes pas convaincu à 100 % ?

Alors jettez un oeil à l'homme à gauche dans la même case...

 

... Qu'on comparera avec celui d'une autre case  de la même histoire (ci-dessous), et toujours signée Frazetta des années 50 :

 

sans-coeur2.jpg

 

On continue sur la bande de Wray quelques cases plus loin, avec une héroïne interloquée par la réaction de son compagnon.... qu'on comparera avec la femme dessinée (ci-dessous à droite) par Frazetta dans une autre des histoires de romance "Fausse Route" qu'il dessinera en1953 (à l'apogée de sa technique d'encrage à la plume).

 

bill-wray-6.jpg fausse-route-detail.jpg

Je n'ai pris ici qu'un bout de cette case pour mieux voir la femme. Car si je prends la case en entier dessinée par Frazetta... et que j'y ajoute la case qui suit ...

 

fausse-route.jpg

 

... On retrouve dans cette femme qui se tient le visage dans les mains un autre emprunt à Frazetta (même histoire signée de Wray) :

 

bill-wray-9.jpg

 Revoici la même case, cette fois réinscrite en 5ème position dans la planche de Wray.

 

C'est désormais à la case 2 de cette planche qu'il faut regarder :

bill-wray-7.jpg

 

... Et comparer avec la sautillante héroïne et l'homme qui la suit, croqués par Frazetta dans une autre de ses histoires de romance, toujours des années 50 :

trop-tard.jpg

 "Trop Tard pour l'Amour" -  © Frazetta - 1953

 

Comme disait Desproges : "Etonnant, non?"

 

Pour une histoire de 5 pages, Bill Wray aura réussi à pomper Frazetta pas moins... de 8 fois !

Le record de Ralph Reese est donc battu de deux petits points !

 

Pour en finir avec ces histoires de romance de Frazetta, une petit emprunt de Jordi Bernet (dessinateur surdoué de TORPEDO) à Frazetta :

 

Dernière case de "Sans Coeur" par Frazetta - 1954

love

Case de "Nuit de Noces" par Bernet (dessin) et Abuli (Scénario) - © Vents d'Ouest

 

baiser-bernet

 

Pour terminer cette chronique, je vous propose une petite incursion dans les comics, avec deux couvertures de la fin des années 70.

La première est une couverture de Ka-Zar (l'ersatz de Tarzan made in Marvel), signée par Brent Anderson. Les Lugophiles français le connaissent principalement pour l'excellent Graphic Novel des X-Men "Dieu Crée, L'homme Détruit".

 

brent-anderson_cover_ka-zar-the-savage-n13-apr1982-384x600.jpg

  KA-ZAR numéro 13 par Brent Anderson...

 

Appréciez maintenant une des couvertures signée Frazetta pour le roman de E.R. Burroughs "Tarzan and the Castaways" (vers 1964) :

frazetta_tarzan-and-the-castaways_ny-canaveral-press-1965-4.jpg

   

C'est presque touchant de se dire que le seul élément que Brent Anderson n'ait pas copié de l'original (le visage de "son" Tarzan), cet élément est totalement raté, et absolument pas raccord avec le graphisme du reste du corps de Tarzan.

 

 Car la force de Frazetta est de démontrer à quel point une bonne illustration est celle ou une seule image nous donne l'illusion de voir ce qui s'est passé juste AVANT le moment illustré... et ce qui s'est passé juste APRES celui-ci.

 

C'est le résultat d'un savant mélange d'encrage : la direction des traits de vitesse sur les jambes, par exemple, de la tension dans les doigts et les muscles de la main qui tiennent la femme (on sent presque son poids)... et la précision machiavélique du noir de la branche à laquelle on imagine déjà le noir dans la main de Tarzan se saisir avec la force d'un étau.

Implacable. Toute l'intensité d'une fuite puissante est là, en un dessin.

Les copieurs ne copient que la forme, jamais le fond !

 

   "Quand le sage montre la Lune, le singe regarde le doigt".

 

Pardon Brent : On est bien loin avec ton bonhomme au bras déformé qui fuit on ne sait quoi en s'accrochant à des intestins roses posés dans des arbres... de la classe de l'original.

 

Allez ! Une petite dernière pour la route, la couverture du mythique Conan signée du non moins légendaire John Buscema :

 

john-buscema_conan-the-barbarian-v1-n96-600x937.jpg

 

On compare maintenant avec le magnifique lion, dont l'asymétrie faciale rajoute encore à l'intensité de l'instant capturé par Frazetta, et la végétation au sol :

 

frank-frazetta_tarzan-and-the-castaways_illo-600x636.jpg

  Quant au personnage de Conan, Buscema n'a jamais eu besoin de personne, ni même d'un livre de Frazetta posé pas trop loin de sa table de travail pour enfoncer tout le monde.

 

A bientôt.

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 09:16

Une petite chronique, vite fait en passant.

 

Je vous ai annoncé à l'issue de la dernière chronique "Frazetta et les Clones" que je ferai une spéciale Wrightson.

L'influence de Frazetta est manifeste dans les premiers travaux de Wrightson. A cette influence, il faut rajouter celles d'illustrateurs classiques comme Franklin Booth; le dessinateur Graham "ghastly" Ingels, ou le compagnonnage avec ses camarades Barry Windsor Smith, Jeff Jones ou Mike Kaluta lors de la période new yorkaise de Wrightson connue sous le nom de "The Studio".

Mais le style de Wrightson est si parfaitement digéré qu'il lui est propre depuis longtemps.

 

 

 

La preuve de cet attachement de Wrightson pour l'oeuvre de Frazetta tient toute entière dans 3 dessins, faits en 1968 (il a alors à peine 20 ans). Il y montre une compréhension de quelques codes typiquement Frazettiens :

Les arbres "moulés", les hommes sauvages à la Tarzan, les postures dynamiques, les clair-obscurs sur les corps et les décors, les "femelles" sexy en peau de bêtes, ainsi que les tourbillons de batailles conanesques marque de fabrique des couvertures de Frazetta pour le héros de Robert Howard.

Et puis il y a surtout cet encrage autre marque des superbes illustrations  à l'encre de Frazetta pour les romans illustrés de Tarzan parus dans les années 50.

 

Les deux premiers dessins sont d'ailleurs intitulés "Frazetta Forever"

 

wrightson.jpg

 

wrightson2.jpg

 

29_45_04_wrightson_1967dec.jpg

 

Le strip original ci-dessous provient de la série des fifties "Johnny COMET", par Peter de Paolo et dessiné par Frazetta. Cette série est parue en France à la même période dans le journal Brik-Yak.

Celui présenté ici est dédicacé par Frazetta à son heureux propriétaire Bernie Wrightson : "To Berni - With Best Regards from Frazetta."

 

HUGE-JComet-S-10.jpg

 

 

- Avant de plonger plus loin dans l'influence du travail du premier sur le deuxième, j'aimerais vous soumettre la frazettade suivante, doublée d'une wrightsonade (quitte a inventer des mots, allons-y gaiement).

 

- Prenez le sorcier de ce tableau "Sacrifice", peint par Frazetta en 1968 pour le roman "Conan le Vengeur" (Lancer Books), et remaniée en 1980 (deuxième image). On peut constater que seuls Conan et le visage de la princesse attachée ont été modifiés entre temps, tandis que le sorcier est bien resté le même dans les deux versions.

 

version 1 : 1968

conan_avenger-1968.jpg

 

 Version 2 : 1980

sacrifice.jpg 

 

Regardez à présent le sorcier de cette couverture dessinée par Gene Day pour le numéro 116 de "Master of Kung-Fu" (septembre 1982) :

 

wrightson+fraz=geneday

 

 Comparez maintenant les fioles, poutres avec ombres portées et l'ensemble du bric-à brac de ce même dessin de Gene Day... avec le laboratoire délirant du Docteur Frankenstein ( © Wrightson - 1978)

 

wrightson_frankenstein.jpg

 

 Je profite d'être au chapitre "Master of Kung-Fu" pour vous montrer une planche (envoi de Zaïtchick), et signée Mike Zeck. On y voit dans la case 6 (page de gauche) un clin d'oeil à "Silver Warriors", l'une des plus fameuses peintures du maître :

 

MOKungFu-01.jpg

 

zoom de la case :

 

MOKungFu-01-detail.jpg

 

"Silver Warrior" - © Frank Frazetta - 1972 en couverture du roman homonyme de Michael Moorcock (Dell Books - 1973)

 

silverwarrior.jpg

 

 

Pour finir : une illustration du puissant Simon Bisley (Slaine, Lobo,  Judge Dredd...) pour son FAKK (1996).

 

Bisley est un fan reconnu et parfaitement assumé de Frazetta dans son travail. Il ajoute à cette influence une esthétique qu'on pourra qualifier de "Heavy Metal" pour faire simple. "Frazetta rencontre Métalllica", en somme.

 

Bisley sera d'ailleurs le premier à animer le personnage culte du Death Dealer de Frazetta au millieu des années 90 pour le compte de la ligne de comics tiré des peintures de Frazetta de Vérotick.

 

 Regardez ici la panthère lascive (en bas au milieu) du tableau de Simon Bisley ...

 

simon-bisley_fakk-2.jpg

 

... Et comparez-la à celle peinte au pied d'autres marches, sous une autre alcôve d'un autre temple dans le fameux "Egyptian Queen" de Frazetta (peint 28 ans plus tôt en 1968 en couverture du numéro 23 de l'édition américaine du magazine EERIE :

 

egyptianqueen.jpg

 

La prochaine fois, je reviendrai plus longuement sur Wrightson, les comics Marvel et un peu de Jeff Jones aussi.

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 09:06

 

Ca faisait longtemps que je n'avais pondu de chronique sur Frazetta.  Pourtant, il en reste de la matière dans mon dossier !

 

A la demande du dessinateur Jérôme Lereculey, je vais en remettre une couche aujourd'hui.

 

(J'en profite pour saluer les habitués du genial site nanarland.com qui viennent régulièrement ici lire mes "frazettades").

 

"Carson From Venus" (est-il besoin de traduire ?) est l'un des nombreux tableaux que Frazetta a peint deux fois. La première version (ci-dessous) est une aquarelle réalisée en 1963 pour Ace Books.

 

 

carsonofvenus

 

Frazetta a-t-il lu ou vu quelques-unes des nombreuses couvertures de Pulp avant de composer son illustration ?

La couverture de FATE ci-dessous date de novembre 1950. Frazetta a alors 22 ans. La composition est proche, mais il faut aussi convenir que ce type de situation (rencontre entre des humains en barque et un monstre marin gigantesque) n'offre pas non plus une infinité de mises en scène possibles.

fate35.jpg

 

10 ans plus tard, même livre d'Edgar Rice Burroughs, même éditeur, et maturité artistique de Frazetta au top pour cette scène saisissante.

 

- Fini l'iguane géant tout droit sorti des mauvais trucages du Monde Perdu, mais comme la composition de la scène est bonne, Frazetta la garde comme base pour aller beaucoup plus loin :

La créature écailleuse a désormais le goâtre laiteux d'un requin blanc, des reflets bleutés sur ses flancs et les yeux aveugles des prédateurs des grands fonds. Nulle doute qu'elle s'y love entre deux falaises algueuses pour guetter ses proies.

 

- Dans son attitude, le marin n'a à présent plus rien d'un plaisancier, mais adopte la posture du gibier tassé sur lui-même dans l'attente de l'attaque fatidique.

 

- Les eaux aussi ont changé : Elles sont désormais turquoises et lumineuses - comme un ciel - tandis que le ciel a pris entre temps la teinte noire des abysses : Par cette inversion des couleurs ciel/mer, Frazetta nous dit que même hors de l'eau, nous sommes sur le territoire de la bête.

 

carsonofvenus2

 

Maintenant que le tableau est dressé, jetons un oeil à présent sur l'affiche du film Espagnol "SEA SERPENT" (1984).

Même ciel noir, et même gueule pour ce monstre. Les yeux on été jaunis, les bras amputés, le rouge à lèvres essuyés, mais c'est bien le même ! Est-il utile de préciser que l'hydre dont il est question dans le film n'a rien à voir avec l'illustration sur l'affiche ? Non, hein !

 

sea-serpent-copie-1

 

On peut imaginer que le peintre s'est quand même un peu fait engueuler, parce que là... c'est pas vraiment subtil comme emprunt. Même si le plagieur a emprunté la forme de ses vagues à celles de Frazetta, le rendu de la texture de l'eau (tout en aplats inquiétants sur l'original) a l'air ici d'être fait au crayons-feutres SUPER U. Le décalage de qualité donne cette impression de patchwork, collage de divers éléments empruntés ici ou là.

 

 Du coup, la supercherie se voit, et la production a recommandé un nouveau tableau.

Ben oui : Si Frazetta peint deux fois un même tableau, alors on fait pareil !

 

sea serpent

 

SERPIENTE DE MAR !

Contrairement aux apparences, il s'agit bien du même film, même si le Ténia géant (Pardon, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver que le cou du gros truc maladroit ressemble à un colon) a changé d'aspect entre temps et n'a plus rien à voir ici avec celui de Frazetta.

Mais c'est désormais du côté de Pince-Mi et Pince-moi sont sur un bateau qu'il faut regarder.

 

 

 

 - "Ben mince : Si je peux plus copier le serpent de mer... 'faut bien que je copie un truc, quand même !"

  

 - "Tu as raison, Jano. Tu sais quoi ? Tu n'as qu'à reprendre le marin du tableau de Frazetta. Après tout, on ne l'a pas encore utilisé, celui-là !" 

 

 - "Yes ! Super idée !" 

 

sea-serpent-detail.jpg carsonofvenus2detail

 

 - "Ca me donne une autre idée : Du coup, pour le deuxième bonhomme, et ben je vais même pas m'embêter à l'inventer... Je vais le prendre dans un AUTRE tableau de Frazetta, celui de NORSEMAN par exemple : il tient un bâton... Ca peut coller pour un rameur ! Qu'est-ce que tu en penses ? En plus, il a déjà été repiqué par un collègue pour un film Disney : Ca veut dire que c'est une bonne idée, regarde :"

 

 

 

 

norsemandragon

  Détail de NORSEMAN                                Détail de l'affiche DVD

      ( Frazetta - 1972)                                   Le Dragon du Lac de Feu

                                                                      Disney - 1981

 

- "Ben... Tu fais comme tu veux, Jano. Par contre, moi je signerai pas, parce que là ça va commencer à...

 

- "Trop tard ! C'est fait signé ! Je suis déjà sur l'affiche suivante !"

 

 

sea-serpent-detail.jpg norsemandetail.jpg



 On finit sur un tableau de Boris Vallejo, très influencé par Frazetta. Quand Ace Books a perdu les droits sur l'oeuvre de Burroughs dans les années 70, ce sont les éditions Ballantine qui reprendront le catalogue, et c'est à Vallejo (et Neal Adams) qu'ils en confieront la réalisation des couvertures.

 

TheLochNessmonsterlives

 

"The Loch Ness Monster" Boris Vallejo - Pas de date trouvée.

 

Pas de plagiat ici : Le thème du Loch Ness et de son monstre contribue à réunir pas mal de codes (barque, homme, remous, serpent de mer). A chacun de se faire son opinion sur la ressemblance entre les 2 tableaux.  Le tableau  de Boris est forcément postérieur à celui de Frazetta (Boris a commencé sa carrière au début des années 70 quand Frazetta faisait sa deuxième version de "Carson from Venus").

 

 

En 1997 est paru aux éditions "Les Mari-Morgans", livre illustré par Pascal Moguérou, et consacré aux créatures maritimes fantastiques de l'imaginaire Breton.

 Les Mari-Morgans est alors le troisième ouvrage des jeunes éditions Au Bord Des Continents, (leur second livre étant le  "Carnet de Route d'un Chasseur d'un Lutins", paru l'année précédante, et illustré par votre serviteur !).

 

On y trouve l'illustration ci-dessous, illlustrant un texte sur les dragons de mer. La composition n'est pas sans rappeler le tableau de Frazetta, et je me souviens avoir eu une conversation avec Moguérou où nous évoquions nos influences communes, parmi lesquelles, Frazetta et John Buscema. 

sea-serpent-moguerou.jpg

 

Ci-dessous, la couverture du numéro 18 de la revue CREPPY (série US). Rappelons que Frazetta y a fait les couvertures qui a elles seules garantissaient des ventes fabuleuses. Celle-ci n'est pas de Frazetta... Elle n'est d'ailleurs même pas signée !

 

 

creepy-18.jpg

 

 

Et que penser de la "Splash page" (dessin pleine page) ci-dessous ? Elle est signée du surdoué Bernie Wrightson, en ouverture de son histoire "The Pepper Lake Monster". Wrightson est alors âgé de 25 ans et  sa variation réussie sur le monstre du Loch Ness est publiée dans Eerie # 58 ( juillet 1974) - et en France dans Vampirella n° 17 -  (l'année qui suit la parution de Carson From Venus).

 

 

 wrightson4.jpg

 

 Pour moi qui suis fan des 2 dessinateurs depuis longtemps, et qui ai connu Wrightson AVANT Frazetta (je continue de vénérer les deux), c'est agréable de découvrir comment une filiation se transmet au fil des générations, Wrightson ayant apporté une dimension gothique et une esthétique expressionniste quasi absentes dans l'oeuvre de Frazetta.

 

La prochaine fois, je consacrerai donc tout une chronique sur cette filiation absolument assumée entre Frazetta et Wrightson.

 

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 19:21

Se lancer dans une chronique de "Frazetta contre les Clones" n'est jamais une mince affaire. Généralement, je me dis que j'ai quelques exemples bien rangés de Frazettades autour d'un tableau, ou d'une thématique bien particulière, et qu'il ne me reste donc plus qu'à vous balancer tout ça.

 

 Rapidement.

 

Ce que je peux être naïf.

 

 

Aujourd'hui donc, je m'attaque à Conan (façon de parler : je pèse 68 kilos tout mouillé et je tiens à la vie).

Pour la majorité de ceux qui ne connaissent Frazetta que très vaguement, son nom est synonyme du personnage créé par Robert Howard. Frazetta a en effet littéralement explosé grâce à la série de couvertures qu'il fera sur lui pour l'éditeur Lancer Books dans les années 60. Sa réputation est passée d'excellent illustrateur et dessinateur de comics... A superstar !

Et tout ça, grâce à Conan.

 

Frazetta dira lui-même que si Foster restera certainement comme LE dessinateur de Tarzan, on se souviendrait plutôt de lui pour son apport sur le personnage de Conan.

 

Il est d'ailleurs à présent important d'ajouter que Conan doit tout autant à Frazetta, puisque c'est incontestablement grâce à ces fameuses peintures que le Barbare a connu ce renouveau dans les années 60, et qui conduira rapidement aux nombreuses déclinaisons en comics (Marvel ayant dans la foulée acquis les droits d'adaptation), cinéma (un remake - ou pour être exact un "reboot" : reprise de la légende à sa base - est d'ailleurs en tournage par Marcus Niespel), une série télé (no comment) et une série de dessin animés pour les gosses ("Conan, l'aventurier, le sauveur de l'humanitééééééé ... ").

 

Je ne vais donc pas pouvoir traiter en une seule chronique tous les détournements de la vision frazettienne de Conan, et vais me concentrer sur le premier des 8 tableaux qu'il lui aura consacré, et qui est aussi le plus connu "Conan the Barbarian", peint en 1965.

 

Petite mise en bouche en commençant par citer un peintre Italien classique : Tiziano Vecellio - ( Le Titien en Français) - 1490-1576 et qui s'est illustré à la fois par la peinture de scènes mythologiques grecques et bibliques (cf. Tableaux ci dessous ) ...  

 

titien-cainetabel titien-david

 

               "Caïn et Abel"                  -             "David"

 

 

Titien-Henry VIII of England

 

 

... mais aussi par les portraits virils de rois (si vous ne me croyez pas, jettez un oeil à la braguette - terme exact de la pièce de tissu rembourrée qui empêchait le membre masculin de se ballader indûment - présentée sur le tableau de gauche : "Henry VIII d'Angleterre"



A ce titre, Le Conan de Frazetta, sa peinture en général fait montre d'une connaissance de l'artiste vénitien. Sans doute un reste de l'éducation du jeune Frank dans l'atelier du peintre sicilien Falanga dont il a fréquenté l'école de Brooklyn.

 

 

 

 

 

 

 

Mais nous n'en sommes pas encore là.

 

 

 

 

 

 

 

Contexte de création de Conan : Les Pulps

 

weird tales Weird Tales QotBC

 

En 1936, Robert Howard, créateur de Conan, Skull ou encore Solomon Kane se suicide à 30 ans.

 

Il laisse derrière lui une oeuvre urgente, toute faite de nouvelles fantastiques et policières où l'action et le souffle épique dominent. A sa mort, Conan est son personnage le plus fameux et Robert Howard gagne très bien sa vie dans la petite bourgade texanne de Cross Plains où il vivait avec sa mère.

Son oeuvre est publiée dans le magazine pulp "Weird Tales" dans lequel un autre écrivain, H.P. Lovecraft, publie lui aussi ses redoutables histoires.

Les représentations qui sont alors faites de Conan sont très éloignées de celle que nous lui connaissons tous aujourd'hui.

 

Cette apparence, C'est à Frazetta que nous la devons.

 

A l'époque, Howard est fasciné par le culturisme, le naturisme qui fait alors de plus en plus d'émules dans l'Europe des années 30 (notamment en Allemagne). Une certaine esthétique de la beauté du corps, toute droite héritée des statues grecques, influence aussi les illustrateurs qui illustraient alors les couvertures de Weird Tales comme vous pouvez le voir dans les deux exemples ci-dessus.

 

Steve_Holland_Chris_Noel.jpg

 

 Rajout du lendemain :  Artemus DADA est un archiviste redoutable. Il m'a envoyé la photo ci-dessus en réaction à la lecture de la présente chronique, document qui la complète. Et puisqu'il écrit très bien, je me contente de recopier le texte écrit à son propos sur son blog.
  
" Steve Holland est un acteur qui a notamment  servi de modèle à Jim Bama pour représenter Doc Savage dans les années soixante à l'occasion de la réédition des aventures de l'Homme de Bronze, néanmoins cette photo (qui a été utilisée pour illustrer un roman d'Edison Marshall - West with the Vikings) semble avoir été  reprise pour un film sorti au début des années 80, dont le personnage principal est aussi comme Doc Savage, un pilier de la pop culture." 

 

  Et ce fameux film sorti au début des années 80 auquel Artemus Dada fait allusion est bien entendu le CONAN de John Millius (1982) avec Scharzenegger dans le rôle-titre... avec la peinture de Frazetta (ci-dessous) utilisée comme l'une des affiches. Ajoutons aussi que James Bama est une des influences assumées de Frazetta.

 

      Merci m'sieur DADA !

 

Venons-en maintenant au sujet qui nous intéresse : Le tableau de Frazetta "Conan the Barbarian".

 

conan-ff

 

La vision de Frazetta ajoute aux illustrations habituelles à la fois la force des scènes mythiques ainsi que le maintien des portraits royaux peints par le Titien. Ces caractéristiques sont des marques du personnage d'Howard.

Mais Frazetta y ajoute aussi sa conception du physique sauvage que devait avoir des brutes comme Conan pour survivre en ces temps sans pitié : La corpulence d'un ours allié à la férocité du loup affamé.

 

La construction triangulaire typique des tableaux de Frazetta est aussi présente, avec le premier-plan sombre et quasi impressionniste du monticule humain sur lequel s'élève le barbare victorieux. La femme accrochée à sa jambe semble elle-même ne s'extraire de la boue de cette colline des morts, qu'à l'endroit où elle s'accroche et rejoint la puissance de la vie (incarnée par Conan). Comme dans le traitement de son Death Dealer, parmi d'autres exemples, Frazetta s'est concentré ici à soigner les détails sur les ornements/trophées, bijoux, veines et armes du vainqueur; moyen simple et efficace d'orienter notre oeil là où il le veut.

 

Passons maintenant au coeur de notre propos : les déclinaisons de ce tableau chez d'autres peintres/dessinateurs.

 

Commençons par les clins d'oeil/hommage.

 

 

conan-mazzucchelli 

 A tout seigneur tout honneur : Le génial David Mazzucchelli a choisi de décorer l'appartement d'un dealer de coke de toutes sortes de beauferies hors de prix... notamment cette statue (certainement le prix de votre appart !) réalisée d'après le tableau de Frazetta.

 

 Mazzucchelli est coutumier du fait, puisque 7 planches en arrière, le commissaire Gordon et la belle Essen prennent un café dans un bistrot estampillé "HOPPER", sur le modèle du célèbre tableau "Nighthawks"  - du peintre Hopper(ce tableau a été détourné tant de fois qu'il pourrait faire l'objet d'une chronique à lui seul).

 

(Batman : Year One par Miller et Mazz - Un must-have pour qui prétend un jour avoir lu ce qu'il y a de bon à lire en comics)

 

 

Powers32

On continue avec la couverture de POWERS # 32 - De Brian Bendis et Oeming. Les couvertures sont souvent prétextes à des hommages comme c'est le cas ici. Merci à mon vieux pote Fabrice de m'avoir envoyé celle-ci que je ne connaissais pas !

 

goranparlovbis.jpggoranparlovquater.jpg

On continue avec 2 croquis de l'excellent Goran Parnov, dont le trait magnifiquement jeté me rappelle le grand Bernet (Torpedo, ça vous dit quelque chose ?). Pour les besoins d'une couverture du Punisher, on peut voir (allez-y, faites-moi plaisir et cliquez-moi ça pour agrandir) comment il s'est détaché un peu du quasi copier-coller du tableau de Frazetta pour son premier croquis ...

 

goranparlovfini.jpg

 Et le résultat final (2009).

 

 

Parlov n'est d'ailleurs pas le seul a reprendre cette pose toute droit sortie du Conan de frazetta pour créer une couverture du Punisher, puisque déjà l'an dernier Dave Johnson tapait lui aussi dans la meuf accrochée à la patte pour composer cette néanmoins très efficace couverture de Punisher  : Frank Castle Max # 71

 

93_PUNISHER__FRANK_CASTLE_MAX_71.jpg

Quand on sait que l'intérieur du comic est du même Parlov cité à peine 5 lignes plus haut... On se dit quand même que les mecs sont peut-être balèzes niveau dessin... Mais que niveau inspiration c'est une autre affaire.

 

 Trop d'hommage tue l'hommage.

 

Et puisqu'on est à la limite du clin d'oeil qui devient inspiration manifeste, la transition est toute trouvée pour passer à une autre catégorie : les pompeurs et autres recopieurs.

 

   conanDEbarbaar13

 

Je vous mets tout ça un peu en vrac, vous rangerez vous mêmes, hein ? Pas de chichis entre nous. Alors il y a par ordre d'apparition l'affiche du film (ainsi que la pochette du CD par le regretté Basil Poledouris) avec en cadeau - C'est gratuit ça me fait bien plaisir - les vautours de Frazetta (si typiques du pays).

 

On continue avec Brom. Celui-là, on l'a déjà vu ici (il aime se faire remarquer. C'est comme Ralph Reese et Maroto, tiens).

 

brom-conan2.jpg

 

Ah oui : Je me suis permis de coller la tête du Conan de Frazetta (mis en miroir, histoire que les deux regardent dans la même direction) En tout cas, ils achètent leur collier dans la même bijouterie. Désolé, je n'ai pas trouvé meilleure qualité. Je ne sais donc pas s'il a poussé le vice jusqu'à reproduire la petite cicatrice sur le nez de "son" Conan, dont par ailleurs j'aime assez le rendu et les teintes.

 

 

Ken Kelly, lui, il a été sympa : Il a fait un gros plan de son Conan. Du coup, on voit bien la cicatrice sur le nez. C'est plus facile de comparer.

Do-or-Die2.jpg conan-ff-detail2

 

Et puis il y a les comics Marvel : "King Conan" devenu au bout de quelques numéros (attention, c'est subtil) ..."Conan the King" ! Parce que c'est forcément plus vendeur de mettre le nom CONAN en premier.

 

Dans les premiers numéros, le petit Conan du cartouche en haut à gauche est figuré en posture royale reprenant cette pose du tableau de Frazetta : Les 2 mains posées sur le pommeau pointe au sol (ci-dessous à gauche).

 

En passant à "King Conan", on remplace ce dessin par un Conan offensif accompagné de son fils : Le prince Conn (!) Du coup, comme la composition frazetienne n'avait plus été réutilisée depuis... oh ! : Allez au moins quatre mois, on la réutilise dans la couverture du numéro 33 (ci-dessous à droite).

 

 

KINGconan15bis.jpgKINGconan33bis.jpg 

 

conan-super 

 

 

 

On continue avec la couverture française du numéro 1 de Super Conan.

Dommage qu'on ne voit pas bien la tête de mort dans le ciel (comme sur le tableau peint 20 ans avant par Frazetta. C'est pas bien grave, puisqu'internet ma permis de trouver très facilement l'équivalent Hollandais de la même couverture, où le maquettiste a eu la bonne idée de ne pas cacher la couverture derrière un énorme cartouche aussi jaune qu'inutile.

 

Du coup, j'ai l'honneur de vous présenter...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

conanDEbarbaar10

 

 CONAN De BARBAAAAAAAAR !     " DESCHAT VAN TRANICOS !!!"

Chouette ! Désormais on voit bien en plus du reste, le crâne qui fait tant penser à la peinture originelle de Frazetta.

 

série-bleue-85

 

 On continue (courage, c'est presque fini), avec cette superbe couverture d'une des fameuses séries bleues Elvifrance qui sent la BD pour vieux cochon, avec ce titre qui sent si bon lesacrilège "Eve et le Serpent" !  Et comme le chantait Julie Pietri : -"E-veu lèveu-toi et danse avec la vie".

 

Oh allez, ça va quoi : On a la culture qu'on peut, et puis je vous rappelle que j'ai commencé cette chronique avec le Titien (1490-1576).    Alors camembert. 

 

conan-ff-detail 

serie-bleue-85detail.jpg

 

Entre la hache posée, et la position de la femme couchée... il y a comme une grosse anguille sous roche !

 

série-bleue-85détail2

 

Et quant au serpent lui-même... On le retrouve à passer entre les jambes d'un Conan enchaîné dans un autre tableau du Cimérien toutjours par Frazetta  "Chained" !

 

conan_chained.jpg

 

Aaaah les tableaux avec des hommes musclés et des serpents curieux : Ca fait le bonheur des psychanalistes, des gay-geeks, voire les deux en même temps : Vous êtes tous les bienvenus (cf. la couv de Weird Tales - plus haut dans le même article).

 

Allez, je vous balance quelques dernières images, pas vraiment des pompes ou des frazettades stricto-sensu.

Juste des images recyclant cette esthétique Frazetta de Conan.

 

 

gunan-il-guerriero  mad235

Gunnan el Guerreiro                                   Couverture de MAD Magazine par Boris.

 

 

sangraal  thor2

 

" The Sword of the Barbarians"                                     "Thor"

(aussi connu sous le nom "Sangraal")              (Vous fiez pas au noms :

Pose de la fille pompée sur celle                          Tout ceci est Italien !)

de Sandahl Bergmann

sur l'affiche de Conan plus haut.

 

 thor maarrhan

 

Tiens ! Encore THOR.                            Une BD faite par deux connaissances,

L'emmerdez pas trop quand même :             en plus : La parodie de RAHAN

Bien énervé, Thor tue.                                    Par Gégé et Malo LOUARN

Ne dites rien. Je sais.                                         "MAAR-RHAN"

 

 

Terminons avec le même Gégé, qui a fait figurer à l'arrière-plan de ce que je considère comme son chef-d'oeuvre "Monsieur Tendre"... Une certaine affiche de film, qui représente ici l'idéal de virilité de son héros, petit moustachu freluquet et timide. Un bijou.

 

tendre

 

Ah ! J'allais oublier : Coucho est le papa d'une bande dessinée parodique des "Connard le Barbant"qui déferlait à l'époque, dans l'esprit du MAAR-RHAN  évoqué un peu plus haut. Ca s'appelait le Banni ( image retrouvée grâce au génial blog de François Corteggianni), et ça donnait ça :

 

banni-.jpg

 

On compare avec l'original, et on constate que derrière le trait faussement désinvolte de Coucho, il y a un oeil attentif aux codes de Frazettiens, comme ce petit bidon chez la femme repris et amplifié. La pose même du Conan original qu'on a désormais du mal à regarder sans voir le geste du type qui débouche une bouteille de pif, la typo reprise sur celle du film de Millius et la justesse de l'expression du Banni, l'oeil légèrement plus fermé qui témoigne avec une économie de moyen de l'effort déployé.

 

conan-ff

 

 

    A bientôt.

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 09:52

C'est l'été. Tout est calme cette nuit. Le bourdonnement grave d'un  bombyx vient me tirer du transat où je me suis assoupi. Pas un bruit dans le jardin endormi. Je regarde mécaniquement le numéro de page du roman "La Malvenue" (Seignolle), sur laquelle je me suis endormi environ une heure avant.

 

Il fait encore bon dehors, mais je serai définitivement mieux dans mon lit.

  

Vous y êtes ?

 

Le décor aoûtien étant planté, je peux commencer.

 

 On attaque avec une affiche de cinéma. Frazetta a beaucoup travaillé pour Hollywood et ses travaux coûtaient cher. De Clint Eastwood (the Gauntlet - "L'épreuve de Force"), à Woody Allen en passant par Robert Rodriguez (From Dusk Till Dawn - "Une Nuit en Enfer") ou Polanski ("Le Bal des Vampires") parmi tant d'autres, la signature Frazetta était un must du cinéma depuis les années 60 jusqu'au milieu des années 90.

 

Au vu du palmarès, on comprend aisément pourquoi tant de graphistes se sont inspirés du "peintre qui fait vendre", ou pourquoi on leur aura explicitement demandé de le faire.

Premier exemple avec la peinture ci-dessous :

 

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"The Norseman" - Couverture du roman "Flashing Swords" de Lin Carter -  © Frazetta 1972

 

On retrouve un guerrier à peu près dans la même position (les bras sont inversés) sur l'affiche du très agréable "Dragon du Lac de Feu" de Disney - 1981. Ce visuel est celui qui a été utilisé pour la version DVD. Il existe deux autres magnifiques affiches pour l'exploitation du film en salle, dont l'une par le grand Jeff Jones.

 

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comme on dit sur France 2 : " A vous de juger " :

 

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                      Frazetta                                                Frazettade

 

Comme dans l'exemple ci-dessus, Frazetta a peint de nombreux tableaux dont la composition place le spectateur derrière le héros (alors vu de dos), avec la menace qui le surplombe et lui fait face autant qu'à nous.

 

Sur ce modèle, on trouve dans la collection Soleil Celtic nombre de couvertures très inspirées des codes graphiques de Frazetta, notamment pour les séries Les Duides, Merlin, Merlin le Prophète ou Arawn.

     

Le sombre personnage ci-dessous me semble provenir d'une étude de Frazetta à la gouache trouvée au dos d'une trading-card de Frazetta, pour une de ses multiples versions du Death Dealer.

   

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"Merlin"  - Tome 3 - (Istin - Lambert - Stambecco)

 

Sur cette couverture, on retrouve la même pose que sur l'original par Frazetta (ci-dessous), et même le rocher qui remplace  la proue de l'esquif du dessin de Frazetta a gardé la même forme.  Même cape au vent, mains jointes et posées sur le pommeau d'une épée et pied posé en avant.

 

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L'image ci-dessous a été réalisée à la fin des années 80 par un jeune surdoué nommé Simon Bisley et à qui, pas mal de dessinateurs de l'écurie Soleil Celtic devrait payer au moins 50% de leurs droits d'auteurs (Le reste se partageant entre Jim Lee, Frazetta et une pincée de Loisel pour les Contes du Korrigan) tant ces influences s'y retrouvent.

 

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 Slaine tome 2 "Les Armes Sacrées" - paru en France aux éditions Zenda en 1989

 

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  "-Pour crâner en société, moi, Arawn, barbare de père en fils, j'achète mes haches chez "Slaine", et mes casques chez "Death Dealer". Alors pourquoi pas vous !"

 

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 Death Dealer II © Frazetta - 1986.

 

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Le sketch (étude) à la gouache du même tableau.

 

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Une autre version de la même composition, toujours par Frazetta...

 

 

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... et la couverture du recueil des 3 tomes de la bande dessinée "Arawn", hymne à la paix à lire en écoutant un nocturne de Chopin. On notera que cette compilation s'appelle "La preuve par 3" !

Tout y est, depuis les côtes décharnées, la main d'un macchabée qui tient toute seule en l'air (piquée à "The Barbarian", ci-dessous) et l'indispensable crâne fiché sur sa pique.

 

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Détail de "The Barbarian": Tableau si pompé, détourné, pastiché ou "hommagé" qu'il a nourri à lui tout seul une des plus copieuses chroniques des Frazettades à lui tout seul ici.

Je le remets en entier, car il me semble que la couverture d'Arawn au-dessus est un mix inspiré à la fois du Deaht Dealer pour le look, et de "The Barbarian" pour l'idée de pose (main posée sur l'épée au milieu d'un monticule-carnage).

"Oui mais la mienne est plus grande !" semble nous rétorquer Arawn.

 

Peut-être, mais tu t'en sers moins bien, mon grand.

 

conan-ff

 

 

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  Au-dessus et en dessous, quelques exemples de la réutilisation pirate du Death Dealer renommé Arawn (éditions Soleil toujours).

 

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Merlin le Prophète : "Il revient, et il est pas content".

 

Casque à corne sur visage noir, ciel apocalyptique et monticule de crânes. Il est loin, le Merlin de Disney. Par Istin et Goux

 

Et maintenant, une ou deux images de Slaine par Simon Bisley qui datent de la fin des années 80. Avant, quoi. 

 

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Si vous vous intéressez à l'imaginaire celtique en bande dessinée, et que vous souhaiteriez lire des ouvrages dont la construction iront au-delà des lieux communs "gentils païens contre méchants serviteurs du Dieu unique" (J'en suis désolé... mais il faut bien admettre que ça se limite quand même souvent à ça), je ne peux que vous conseiller "Bran Ruz" (Casterman) de Auclair et Deschamps. Concernant la féerie en bande dessinée, je vous invite aussi à essayer, si ce n'est déjà fait, tout ce qui porte le nom de Pierre Dubois, Brian Froud, Allan Lee, Hausman ou Toppi.

 

Ces gens connaissent leur sujet au-delà de références (bonnes au demeurant) limitées à une trilogie tolkienesque, Le Nom de la Rose, Marion Zimmer Bradley (Les Dames du Lac, Les Brumes d'Avalon) ou Slaine.

 

La féerie qui se montre trop facilement, n'en est plus. Les concours d'oreilles pointues, les nymphes sexy, tatouées, boy-buildées me donnent moins de frissons que la jolie Clochette de Loisel ou même celle de Disney. Jamais de grands barbus musclés qui jettent des boules de feu façon Dragon-Ball ne parviendront à générer la magie de la séquence où deux petits orphelins fuient en barque  - sous l'oeil complice d'un crapaud, d'un renard, d'une araignée puis d'une chouette - un pasteur psychopathe dans "La Nuit du Chasseur".

 

Frissons dans l'échine garanti !

   

 

On termine avec Soleil Celtic avec la couverture ci-dessous par Olivier Ledroit qui nous a gratifié il y a quelques années de la couverture ci-dessous pour le tome 3 des "Contes de l'Ankou", toujours sous la houlette deJean-Luc Istin (directeur de la collection).

 

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La composition est assez efficace, et correspond au public gothico/ado/métallica qu'il vise probablement.

 

- Ce qui me gène ici, c'est que quiconque a lu un des terrifiants contes originels de l'Ankou tels ceux qu'Anatole Le Braz a respectueusement recueillis dans les années 1890, en se déplaçant lui-même de ferme en ferme, se trouvent ici déformés d'une manière qui doit moins à mon sens à l'inspiration heureuse qui enrichit une histoire recueillie "brute de pomme" ( c'est le texte rédigé et paru dans La Légende de la Mort), qu'il ne le trahit : Une femme nue embrassant l'Ankou comme une sorcière étreint le Diable sur une pochette de disque pour métalleux de base est un contre-sens, et anéantit tout espoir de compréhension de la vision de l'au-delà caractéristique de l'imaginaire paysan breton  (tout à fait présent dans l'oeuvre originale).

 

- Dans la légende de la Mort (je parle bien du livre d'Anatole Le Braz, et pas de la bande dessinée qui lui prend son nom et ses histoires), l'Ankou n'y est jamais décrit comme la Mort elle-même, mais comme son pathétique ouvrier, et 'il n'en est que plus tristement terrifiant !

 

Les histoires rassemblées dans la BD des éditions Soleil "Les Contes de l'Ankou", composé pour ce que j'en sais en grande partie de contes issus de "La Légende de la Mort", est un patchwork de styles, peu documentés et qui doit plus à l'esthétique de la trilogie de films Blade, voire au romantisme pouët-pouët à la Twilight... qu'à la sensibilité armoricaine, telle quon peut la ressentir - par exemple-  à la lecture du "Foyer Breton" (Emile Souvestre - 1844)

 

Mais peut-être Olivier Ledroit ne s'est-il uniquement rappelé inconsciemment la composition du tableau de Boris Vallejo (ci-dessous) au moment de créer son image :

 

 

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Vampire's Kiss - © Boris - 1979

 

Tiens ! Parlant de Boris... Il me revient en tête un de ces tableaux où l'on sent à plein nez comment le peintre Chilien fait poser des culturistes huilés dans son atelier de Lima pour créer ces peintures :

 

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Conan the Magnificent © Boris - 1983

 

 Ce qui me fait revenir au tableau de Frazetta qui a ouvert cette chronique "Norseman"...

 

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... Et qui la referme.

 

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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 11:15

Ca faisait un bon moment que je n'étais pas revenu vous proposer d'autres frazettades. Beaucoup de boulot, et de projets dont il me tarde de vous en dire plus. C'est encore un peu prématuré.

En attendant, je reviens vers vous avec une de mes petites chroniques-bonbon à la fraise.

   

 

   

Point de décalquage dans le cas que nous allons voir ensemble aujourd'hui, juste une réutilisation des ingrédients répartis dans quatre tableaux de Frazetta pour qu'un faiseur en compose un autre :  Prenez quelques reptiles volants, un tigre à dents de sabre et une planète aux couleurs chaudes venus du tableau numéro 1 ...

 

     " Flying Reptiles" de Frazetta (1971) - couverture de Pellucidar par E.R. Burroughs (Ace Books).

 

Flying-Reptiles.jpg

 

... Ajoutez-y un premier-plan fort composé d'une ligne terreuse dont la matière travaillée à la truelle vous donne l'impression que les personnages du tableau surgissent littéralement devant vous, et terminez avec la nappe sombre d'une horde déchaînée hérissée de piques où sont plantées les têtes barbues des ennemis :  "Bran Mak Morn" - © - 1969 Frazetta -  pour le roman éponyme de R.E. HOWARD (Dell Books)

 

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... Pour brouiller un peu les pistes, choisissez vos ptérodactyles dans un troisième tableau : "The Return of Jongor"  © 1970 - pour la couverture du roman de R.M. Williams...

 

The-Return-of-.jpg

 

... avant de vous y mettre tout seul pour finir votre tableau, vous vous rappelez qu'elle était  quand même vachement chouette, cette jambe musclée plantée dans une bottine en fourrure (19,99 €la paire à la Halle aux Chaussures) ainsi que le petit slip en peau avec ceinturon inclus (2,99 € à la Halle au Slip) que vous aviez regardée sur le tableau "Warrior with Ball-chain" - © Frazetta - 1974, et que vos copains peintres en affiches de sous-conaneries ritals avaient déjà repiqué (ici)...

 

warriorwithballandchain

 

 

... Et vous pourrez terminer tout seul comme un grand votre propre plat "sauce Frazetta" : Tadaaaaaaa !

 

ironmaster-guerre-du-fer.jpg

  Affiche de la jaquette vidéo du film Italien  Iron-Master (La Guerre du Fer) "La Guerra del Ferro" de Umberto Lenzi- sorti dans le sillage de "La Guerre du Feu".

 

J'avais découvert cette image publiée en miroir dans une double-page du numéro 31 (fév. 1983) de l'Ecran Fantastique, où l'on distingue mieux les éléments que sur la jaquette VHS. 

 

double-pageEF2

 

Quelques plans rapprochés récapitulatifs :

 

ballchainjambe.jpg  double-pagejambe.jpg

Original                                           tambouille

 

ptero-jongar.jpg  double-pageEF-ptero2.jpg

Original                                           tambouille

 

 

branmakmorn-horde.jpg  double-pageEF2-horde.jpg

Original                                             tambouille

 

- Allez-y, n'hésitez pas à zoomer en cliquant sur les images : C'est dans les petits coups de pinceaux que ça devient édifiant. Evidemment, pour compléter la démonstration, il y a aussi le mammouth de l'affiche qui provient tout droit d'une ancienne gouache de frazetta, mais comme je ne l'ai pas sous la main, on verra plus tard.

 


 

Allez, on termine avec un grand habitué de la maison, j'ai nommé : Eeeeeeesteban Marrrrrrroto ! Olé !

Dans le dernier épisode de sa fameuse série "5 Pour l'Infini", on trouve l'image suivante :

 

 5xl-infini.JPG

 

Planche que je mets ensuite en miroir en zoomant sur le corps :

 

 5xl-infini-miroir.jpg

 

... Et que je vous laisse comparer avec le tableau suivant :

 

MongolTyrant.jpg

 

"Mongol Tyrant" - © Frazetta 1969 - Couverture de CREEPY numéro 27 (US).

 

That's All Folks !

 

 

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 17:46

 

Ca commençait à faire un petit moment que je ne vous avais plus parlé ici des emprunts, hommages- et les derniers, les purs plagiats du récemment décédé Frazetta (ce que j'appelle les "frazettades", les plus drôles !).

  

 

  

jéromecouv     Commençons avec légèreté : Pixel Vengeur, auteur BD français, a publié en début d'année un bel hommage pastiche de Conan qu'apprécieront tous ceux qui comme moi, ont eu entre les mains un album Arédit du Cimmérien animé alors pour Marvel par le duo Roy Thomas/John Buscema  (mais ça peut être bien aussi pour les lecteurs de Spirou, hein : Quand c'est bon, c'est bon !).

 

     Ca s'appelle "Les Chroniques de Chair et d'Acier" sous-titre : "Les Aventures de Jérôme Fils de Crom", et c'est paru chez Desinge & Hugo & Cie.

    On est ici dans la parodie potache un peu dans l'esprit de Mégaron (Sapin-Pion), où l'auteur s'amuse à reproduire un maximum de codes  (trames de la couleur au point, splash-pages d'ouvertures des chapitres) de l'original, le tout plongé dans un récit foutraque et multi référencé.

 

    On y trouve le clin d'oeil à Frazetta ci-dessous et son "Winged Terror" (Terreur Ailée) ,peinte en 1965 et couverture du CREEPY n° 3 (Fr).

 

 

 

jeromefilsdecrom.jpg

 

Winged-Terror.jpg

 

Et ce n'est pas parce qu' il se moque un peu de ses glorieux aînés qu'il n'est pas honnête pour autant. La preuve :

 

jeromefilsdecromsign.jpg

 

 

 

Dans la même volonté explicite de faire connaître son admiration pour Frazetta, il y a cette couv de Ultimate X-Men # 30 (US) par Adam Kubert. J'ai lu à propos des auteurs de ce dessin que l'idée était d'offrir l'original à Frazetta après.

 

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 L'original : "Against The Gods" (Contre les Dieux) - couverture de "Thongo Against the Gods" de Lin Carter - peint en 1967. Si je n'ai pas le comics Ultimate X-MEN 30 sous la main, je ne peux pas vous dire précisément ce qui est écrit sous la signature de Adam Kubert . Mais comme Pixel-Vengeur... il mentionne Frazetta avec une formule du style "Apologies to Frazetta", à la Lee Weeks pour sa couv de Hulk détournant le DEATH DEALER.

 

Mais ce geste de défi grandiose adressé aux dieux n'est pas sans m'évoquer l'image ci-dessous, et signée BROM. Je n'ai pas trouvé de date au tableau de BROM, mais ce dernier étant né en 1965... année ou Frazetta a peint "Against the Gods", le tableau de ce dernier lui est donc forcément antérieur.

  

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 Mêmes musculatures des deux bras ombrés, terminés tous deux au poignet par un long bracelet de force, Deux cieux fâchés sous lesquels un personnage fait face à la pointe d'un piton rocheux triangulaire. Et surtout... le choix de l'éclairage puissamment appuyés sur le visage et la cage thoracique (suivez la même ligne sur les deux tableaux, esquissant tours les deux les côtes). BROM a choisi de placer le bas du corps dans l'ombre, quand Frazetta l'a détaché sur un ciel noir.

 

S'il y a trop de similitudes selon moi entre les deux tableaux pour parler de hasard, cet exemple est à classer ( Vous avez mes arguments, faites-vous votre propre opinion), parmi les influences, peut-être inconscientes.

 

 

 

Rentrons à présent dans le coeur de la présente chronique, véritable plat de résistance, avec le cas d'un dessinateur dont j'apprécie par ailleurs les histoires courtes en noir et blanc parues en France dans l'excellente revue de Fershid Bharucha "l'Echo des Savanes - Spécial USA" : Il s'agit de Ralph REESE.

 

Et cest justement des pages du numéro 6 de cette revue que j'ai trouvé une histoire intitulée Le Yéti ("The Curse of the Yéti - Web of Horror n°3 1977 ). Cette histoire dont le scénario est crédité Otto Binder est en soi la parfaite réplique de "GONTEEKWA", histoire de Larry Ivie dessinée par Frazetta et parue 13 ans plus tôt dans CREEPY n° 1 de 1964.

  Ce qui est intéressant dans ce cas, c'est qu'à la fois le scénario et le dessin sont composés d'emprunts à cette histoire dessinée par Frazetta... plus quelques emprunts à d'autres de ses travaux. GONTEEKWA" est connue par les fans de Frazetta comme étant la dernière qu'il dessinera - le maître consacrera le reste de sa carrière à peindre.

 

 Dans les deux cas ("GONTEEKWA" et "Le Yéti" - faut suivre un peu !), il s'agit de l'histoire d'un groupe de chasseurs partis dans un pays étranger tuer une bête mythique, et dont la mort transformera l'un d'entre eux en la bête elle-même, cette dernière lui ayant transmis une malédiction dont elle était victime.

Dans l'original "GONTEEKWA", il s'agit d'une sorte de loup-garou en Afrique. Dans "Le Yéti"... c'est au coeur de sommets enneigés qu'on imagine en Asie que se déroule l'histoire. 

  

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- On commence avec un détail de la page-titre, où l'on nous présente le fameux yéti qui ressemble pas mal au personnage central de ce tableau de Frazetta ("Neandertal" pour CREEPY n° 15 - US), avec les mêmes veines sur les bras, les mêmes ombrages et mains, (malgré l'absence de massue dans la copie qui en justifiait la position dans l'original par Frazetta).

 

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Seulement 3 dessins plus loin, Ralph Reese nous pond le visuel ci-dessous. Le regard de dément de son chasseur de Yéti (dessin de droite), ne vous rappelle-t-il pas...

 

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...  le même regard dans l'oeil du chasseur de Gonteekwa tel que dessiné par Frazetta (esquisse des dents sans lèvres, grimace de cupidité et oeil fixe avec canon de fusil fermement tenu)?

 

DSC02612.jpg

 

Pour vous faire une meilleure idée, j'ai laissé la case de gauche précédant le portrait du chasseur par Reese, pour mettre en évidence par contraste, les changements de style d'un dessinateur inspiré d'une case à l'autre tantôt par Wally Wood, tantôt par Frazetta. Dans les deux mêmes cases, le personnage du chasseur se met à réfléchir à l'opportunité de gagner de l'argent avec la dépouille d'une bête mythologique, idée qui dans les deux cas les mènera à leur perte.

 

- Il y a un truc pour reconnaître une case de Ralph Reese... qui n'est pas tout à fait de Ralph Reese : Il est un dessinateur plutôt doué quand il retranscrit des atmosphères à la fois macabres et grotesques, un peu comme si Dubout avait illustré des histoires d'E.C. Comics. Mais que Reese sorte de son genre de prédilection, et son dessin devient nettement moins inspiré. Il suffit alors de repérer les cases où le dessin est mieux senti : Il y a de fortes chances que c'est ici que se cacheront des "emprunts".  La méthode fonctionne également avec des dessinateurs comme Bill Wray (nous verrons ça une prochaine fois).

 

Revenons à notre histoire de Yéti, et avançons de deux pages pour trouver la case suivante :

 

DSC02614

 

Comparons-la à présent avec celle ci-dessous (Frazetta), et venue une nouvelle fois de GONTEEKWA :

 

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Voici l'ultime image de GONTEEKWA par Frazetta, que Reese ne copiera pas pour la transformation finale du héros malheureux du Yéti ( Là, c'est plutôt Christophe Bec qui la relèvera pour une des transformations du premier tome de "Le Temps des Loups" - que celui qui l'a me le scanne !)...

 

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Voilà donc la case finale de la transformation du chasseur en yéti. Il aurait été risqué de recopier l'image de Frazetta jusqu'à la dernière image, semble s'être dit Reese.

  

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." - Qu'à cela ne tienne : Je n'ai qu'à copier une autre image de Frazetta !"

 

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Détail de "Lord of the Jungle", illustration intérieure de "Tarzan and the Castaways" (1964 - même année que GONTEEKWA - une malédiction, j'vous dis...).

 

Quant à la dernière case de GONTEEKWA, Reese ne l'a pas perdu de vue, puisqu'il en réutilisera le personnage de droite (l'ancien loup-garou désormais moribond)...

 

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... dans le coin inférieur-droit de cette case d'une autre histoire toujours parue en France dans l'Echo des Savanes Spécial USA n° 1 et intitulée "Manque de peau" (The Skin Eaters - Web of Horrors # 1) : Comme d'habitude, c'est dans les ombrages - notamment du coude-triceps - que Reese se trahit. La courbure en "C" de l'oreille est également caractéristique de la frazettade.

 

DSC02597.jpg

 

Toujours dans la même histoire (elle ne fait pourtant que 4 petites pages pour un total de 23 dessins !), on trouve dans le coin d'une case les mains suivantes :

 

DSC02599.jpg

 

 

Elles sont toutes droit sorties du tableau (et toutes droit de la tombe signée "FRAZETTA 1964". Elles semblent aujourd'hui annonciatrice du retour du maître revenu d'entre les morts réclamer justice pour tout ce que Reese lui a pompé de ses travaux qu'il avait réalisé en cette année précise ! Dans l'entremise, Reese les aura redessinées en miroir (ni vu ni connu j'tembrouille !).

(Couverture de la compilation de "Tales From the Crypt ) - 1964.

 

creepy-uncle-copie.JPG

 

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  Je les remets ici à l'envers, pour que ce soit plus flagrant.

 

 

Frollo2.jpg

 

Un grand merci à Erwan"Oeil de Lynx" Le Saëc, qui m'a envoyé cet extrait du pocket Elvifrance "Outre-Tombe" et dessiné par Frollo - Où l'on retrouve une nouvelle réutilisation des mains du tableau de Frazetta. Comme quoi, il n'y a pas que les mauvais qui pompent...

Quant au pouce à gauche sur la photo, il est © 2010 - E.Le Saëc

 

On retrouve encore les mains du tableau de Frazetta sur l'affiche de ce film Espagnol de Jess Franco :  "Virgen estre los Muertos".

virgen-muertos-vivientes.jpg

 

Et puis tant qu'à faire, on n'a qu'à piquer le type chauve et la tombe derrière lui de la même affiche (celui au dessus du mot "Virgen") sur la couverture du numéro 37 (édition US) de EERIE. Je le mets en miroir, et HOP :

- " Ni-vu-ni-connu-j't'embrouille-il-est-ou-ton-portefeuille-il-est-plus-là !"

 

eerie37.jpg

 

 

Encore ? Allez, une dernière image de Reese pour "Manque de peau"...

 

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... directement venue du tableau de Frazetta "The Brain" et exécutée en couverture de EERIE # 8 (US) pour illustrer une histoire dessinée par le grand DITKO (France : EERIE n° 1 "L'Epée Démoniaque" ...

 

The-Brain.jpg

 

... Et qui me permet de conclure ma chronique par un autre emprunt fait au même tableau sur l'affiche du giallo italien suivant :

 

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"L'assassin du Cimetierre Etrusque" de Sergio Martino - 1982 - dont le tueur est inspiré au peintre de l'affiche par "The Brain". L'ombre des bras/coudes/cage thoracique ne trompe pas ! 

 

Ouf ! C'est tout pour aujourd'hui.

 

A bientôt.

 

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A Propos De L'auteur

  • Lefeuvre
  • Auteur BD/Illustrateur né en 1977, marié et papa de deux enfants.
  • Auteur BD/Illustrateur né en 1977, marié et papa de deux enfants.