Activité et actualité éditoriale d'un auteur BD/illustrateur : commentaires bienvenus :)
Voici quelques étapes entre le premier gribouillage et la couverture finale d'un album, ainsi que les réflexions qui ont présidé à ces choix.
On commence avec le-dit gribouillis (comment appeler ça autrement ?). Ce qui compte ici, c'est de poser une idée : Jouer avec le carré blanc en haut à gauche, figure obligée de l'actuelle charte graphique de la collection et dans lequel le nom de la collection (Signé), le titre de l'Album et le nom de l'auteur figurent.
L'idée, c'est d'axer sur le nom de l'auteur ainsi que le titre, et de mettre le nom de l'éditeur (le Lombard n'apparaît qu'à l'arrière et sur la tranche) en retrait.
Avec ce carré blanc obligatoire donc, j'ai pris le parti d'équilibrer la composition en logeant le centre d'intérêt (Tom et William) dans l'angle opposé en bas à droite.
Je n'invente rien : C'est une composition qui reprend le principe d'équilibre du Ying-Yang, ou de la figure de carte à jouer où les symboles (pique-coeur-carreau-trèfle) s'équilibrent mutuellement sur chaque carte. Le titre, ainsi que tout élément qui figure sur une couverture en faisant partie intégrante, il faut donc les prendre en compte au moment d'en choisir la composition générale.
A ce stade, les créatures dans les nuages ne sont pas encore esquissées (en tout cas, dans ce seul croquis retrouvé). Ce qui compte, c'est l'équilibre : Tout élément rajouté ultérieurement devra veiller ne pas perturber cette idée directrice.
- Les personnages, apparemment dans une attitude neutre (ils marchent), sont en vérité déjà dans les postures qui les décrivent : Tom est dans son monde, absorbé dans sa lecture, tandis que William semble l'encadrer d'un oeil bienveillant.
- Ils marchent de la gauche vers la droite. Cela signifie qu'ils vont de l'avant - Ca a peut-être l'air bête comme ça, mais s'ils marchaient dans le sens inverse, ils sembleraient revenir en arrière, régresser. Vérifiez dans le film "Le Seigneur des Anneaux" : Bien que les Hobbits marchent en tous sens et dans des lieux fantastiques, nous ne semblont jamais perdre de vue qu'ils marchent toujours vers un même but, parce que Peter Jackson les montre presque toujours aller de la gauche vers la droite !
Ajoutons à cela que c'est le sens de lecture occidental, et que les personnages semblent donc vous inviter ainsi à les suivre en tournant cette couverture.
- La ligne d'horizon est volontairement basse (environ 1/7ème de la hauteur totale), pour dégager un maximum de ciel dégagé (en apparence), puisque dès la couverture, le doute est déjà introduit : Les personnages esquissés dans le ciel sont-ils les rêveries du gamin, évocations fantasmagoriques de Tom plongé dans ces lectures... ou bien présage des événements à venir ?
Première version de la couv, faite fin 2008, alors que je n'en suis qu'au premier tiers de l'album proprement dit. Les silhouettes des héros sont déjà dans le ciel, mais d'un traitement trop "Photoshop" à mon goût (flous et réalistes). Tout ce que je n'aime pas !
Les personnages de Tom et William sont encore tous tassés, mais ce n'est qu'un croquis. On corrigera plus tard.
Toujours dans le souci de ne pas alourdir le dessin, la présence du fil electrique est allégée.
Cette version ci-dessus est plus récente (sept.2009). A l'image des couvertures des éditions ROA, et de beaucoup de couvertures de bandes dessinées type Strange, et Petits Formats illustrés auxquels je fais continuellement allusion dans l'album, je me devais d'être en cohérence avec ma propre couverture, et traiter celle-ci comme une gouache. Le contour noir des personnages disparaît alors pour laisser place à un traitement plus pictural.
Du coup, les couleurs "claquent", et la molesse du flou qui définit les personnages évoqués en nuages disparaît pour laisser place à des nuages aux contours plus nets et francs.
Détail des persos ci-dessous.
Il est d'ailleurs amusant de rappeler à ce stade, qu'en Italie, on attribue à ce type de petites bandes dessinées en noir et blanc le nom général de "Fumetti" (les fumées), car les paroles des personnages semblent flotter dans des bulles aux contours flous qui évoquent des nuages.
Couverture finale de "Tom et William" : Le ciel bleu et ses nuages blancs si rassurants qui pouvaient laisser penser que l'album raconterait une balade-à-pied-en-Bretagne, ou encore l'amitié-entre-un-infirmier-dévoué-et-le-jeune-autiste-dont-il-a-la-charge, ont disparus. A la place, le violet d'un orage d'été soudain vient menacer les promeneurs, désormais perçus comme menacés.
A force de vouloir faire subtil (ne pas trop montrer les héros dans le ciel)... on risquait de ne plus les voir du tout et de passer à côté du genre Fantastique/Anticipation pour voir l'album rangé au mauvais endroit : En ces temps difficiles, il en faut peu pour qu'un album rate son public à cause de ce genre d'erreur.
Un dernier trait d'union entre les deux plans de réalité proposés (nuage/promeneurs) vient renforcer l'impression que le ciel menace : C'est la silhouette à la fois lointaine, et inquiétante de ce qui semble déjà ne pas être un simple corbeau.
Cette forme est comme une promesse que tout n'est pas dit dès le début. Mon but est d'intriguer le lecteur potentiellement attiré par mon produit, pour lui faire regarder l'image plus en détail... et ouvrir le livre !
Alors : 9ème Art... ou marketting ? Et pourquoi pas les deux, mon général !