Activité et actualité éditoriale d'un auteur BD/illustrateur : commentaires bienvenus :)
Ca commençait à faire un petit moment que je ne vous avais plus parlé ici des emprunts, hommages- et les derniers, les purs plagiats du récemment décédé Frazetta (ce que j'appelle les "frazettades", les plus drôles !).
Commençons avec légèreté : Pixel Vengeur, auteur BD français, a publié en début d'année un bel hommage pastiche de Conan qu'apprécieront tous ceux qui comme moi, ont eu
entre les mains un album Arédit du Cimmérien animé alors pour Marvel par le duo Roy Thomas/John Buscema (mais ça peut être bien aussi pour les lecteurs de
Spirou, hein : Quand c'est bon, c'est bon !).
Ca s'appelle "Les Chroniques de Chair et d'Acier" sous-titre : "Les Aventures de Jérôme Fils de Crom", et c'est paru chez Desinge & Hugo & Cie.
On est ici dans la parodie potache un peu dans l'esprit de Mégaron (Sapin-Pion), où l'auteur s'amuse à reproduire un maximum de codes (trames de la couleur au point, splash-pages d'ouvertures des chapitres) de l'original, le tout plongé dans un récit foutraque et multi référencé.
On y trouve le clin d'oeil à Frazetta ci-dessous et son "Winged Terror" (Terreur Ailée) ,peinte en 1965 et couverture du CREEPY n° 3 (Fr).
Et ce n'est pas parce qu' il se moque un peu de ses glorieux aînés qu'il n'est pas honnête pour autant. La preuve :
Dans la même volonté explicite de faire connaître son admiration pour Frazetta, il y a cette couv de Ultimate X-Men # 30 (US) par Adam Kubert. J'ai lu à propos des auteurs de ce dessin que l'idée était d'offrir l'original à Frazetta après.
L'original : "Against The Gods" (Contre les Dieux) - couverture de "Thongo Against the Gods" de Lin Carter - peint en 1967. Si je n'ai pas le comics Ultimate X-MEN 30 sous la main, je ne peux pas vous dire précisément ce qui est écrit sous la signature de Adam Kubert . Mais comme Pixel-Vengeur... il mentionne Frazetta avec une formule du style "Apologies to Frazetta", à la Lee Weeks pour sa couv de Hulk détournant le DEATH DEALER.
Mais ce geste de défi grandiose adressé aux dieux n'est pas sans m'évoquer l'image ci-dessous, et signée BROM. Je n'ai pas trouvé de date au tableau de BROM, mais ce dernier étant né en 1965... année ou Frazetta a peint "Against the Gods", le tableau de ce dernier lui est donc forcément antérieur.
Mêmes musculatures des deux bras ombrés, terminés tous deux au poignet par un long bracelet de force, Deux cieux fâchés sous lesquels un personnage fait face à la pointe d'un piton rocheux triangulaire. Et surtout... le choix de l'éclairage puissamment appuyés sur le visage et la cage thoracique (suivez la même ligne sur les deux tableaux, esquissant tours les deux les côtes). BROM a choisi de placer le bas du corps dans l'ombre, quand Frazetta l'a détaché sur un ciel noir.
S'il y a trop de similitudes selon moi entre les deux tableaux pour parler de hasard, cet exemple est à classer ( Vous avez mes arguments, faites-vous votre propre opinion), parmi les influences, peut-être inconscientes.
Rentrons à présent dans le coeur de la présente chronique, véritable plat de résistance, avec le cas d'un dessinateur dont j'apprécie par ailleurs les histoires courtes en noir et blanc parues en France dans l'excellente revue de Fershid Bharucha "l'Echo des Savanes - Spécial USA" : Il s'agit de Ralph REESE.
Et cest justement des pages du numéro 6 de cette revue que j'ai trouvé une histoire intitulée Le Yéti ("The Curse of the Yéti - Web of Horror n°3 1977 ). Cette histoire dont le scénario est crédité Otto Binder est en soi la parfaite réplique de "GONTEEKWA", histoire de Larry Ivie dessinée par Frazetta et parue 13 ans plus tôt dans CREEPY n° 1 de 1964.
Ce qui est intéressant dans ce cas, c'est qu'à la fois le scénario et le dessin sont composés d'emprunts à cette histoire dessinée par Frazetta... plus quelques emprunts à d'autres de ses travaux. GONTEEKWA" est connue par les fans de Frazetta comme étant la dernière qu'il dessinera - le maître consacrera le reste de sa carrière à peindre.
Dans les deux cas ("GONTEEKWA" et "Le Yéti" - faut suivre un peu !), il s'agit de l'histoire d'un groupe de chasseurs partis dans un pays étranger tuer une bête mythique, et dont la mort transformera l'un d'entre eux en la bête elle-même, cette dernière lui ayant transmis une malédiction dont elle était victime.
Dans l'original "GONTEEKWA", il s'agit d'une sorte de loup-garou en Afrique. Dans "Le Yéti"... c'est au coeur de sommets enneigés qu'on imagine en Asie que se déroule l'histoire.
- On commence avec un détail de la page-titre, où l'on nous présente le fameux yéti qui ressemble pas mal au personnage central de ce tableau de Frazetta ("Neandertal" pour CREEPY n° 15 - US), avec les mêmes veines sur les bras, les mêmes ombrages et mains, (malgré l'absence de massue dans la copie qui en justifiait la position dans l'original par Frazetta).
Seulement 3 dessins plus loin, Ralph Reese nous pond le visuel ci-dessous. Le regard de dément de son chasseur de Yéti (dessin de droite), ne vous rappelle-t-il pas...
... le même regard dans l'oeil du chasseur de Gonteekwa tel que dessiné par Frazetta (esquisse des dents sans lèvres, grimace de cupidité et oeil fixe avec canon de fusil fermement tenu)?
Pour vous faire une meilleure idée, j'ai laissé la case de gauche précédant le portrait du chasseur par Reese, pour mettre en évidence par contraste, les changements de style d'un dessinateur inspiré d'une case à l'autre tantôt par Wally Wood, tantôt par Frazetta. Dans les deux mêmes cases, le personnage du chasseur se met à réfléchir à l'opportunité de gagner de l'argent avec la dépouille d'une bête mythologique, idée qui dans les deux cas les mènera à leur perte.
- Il y a un truc pour reconnaître une case de Ralph Reese... qui n'est pas tout à fait de Ralph Reese : Il est un dessinateur plutôt doué quand il retranscrit des atmosphères à la fois macabres et grotesques, un peu comme si Dubout avait illustré des histoires d'E.C. Comics. Mais que Reese sorte de son genre de prédilection, et son dessin devient nettement moins inspiré. Il suffit alors de repérer les cases où le dessin est mieux senti : Il y a de fortes chances que c'est ici que se cacheront des "emprunts". La méthode fonctionne également avec des dessinateurs comme Bill Wray (nous verrons ça une prochaine fois).
Revenons à notre histoire de Yéti, et avançons de deux pages pour trouver la case suivante :
Comparons-la à présent avec celle ci-dessous (Frazetta), et venue une nouvelle fois de GONTEEKWA :
Voici l'ultime image de GONTEEKWA par Frazetta, que Reese ne copiera pas pour la transformation finale du héros malheureux du Yéti ( Là, c'est plutôt Christophe Bec qui la relèvera pour une des transformations du premier tome de "Le Temps des Loups" - que celui qui l'a me le scanne !)...
Voilà donc la case finale de la transformation du chasseur en yéti. Il aurait été risqué de recopier l'image de Frazetta jusqu'à la dernière image, semble s'être dit Reese.
." - Qu'à cela ne tienne : Je n'ai qu'à copier une autre image de Frazetta !"
Détail de "Lord of the Jungle", illustration intérieure de "Tarzan and the Castaways" (1964 - même année que GONTEEKWA - une malédiction, j'vous dis...).
Quant à la dernière case de GONTEEKWA, Reese ne l'a pas perdu de vue, puisqu'il en réutilisera le personnage de droite (l'ancien loup-garou désormais moribond)...
... dans le coin inférieur-droit de cette case d'une autre histoire toujours parue en France dans l'Echo des Savanes Spécial USA n° 1 et intitulée "Manque de peau" (The Skin Eaters - Web of Horrors # 1) : Comme d'habitude, c'est dans les ombrages - notamment du coude-triceps - que Reese se trahit. La courbure en "C" de l'oreille est également caractéristique de la frazettade.
Toujours dans la même histoire (elle ne fait pourtant que 4 petites pages pour un total de 23 dessins !), on trouve dans le coin d'une case les mains suivantes :
Elles sont toutes droit sorties du tableau (et toutes droit de la tombe signée "FRAZETTA 1964". Elles semblent aujourd'hui annonciatrice du retour du maître revenu d'entre les morts réclamer justice pour tout ce que Reese lui a pompé de ses travaux qu'il avait réalisé en cette année précise ! Dans l'entremise, Reese les aura redessinées en miroir (ni vu ni connu j'tembrouille !).
(Couverture de la compilation de "Tales From the Crypt ) - 1964.
Je les remets ici à l'envers, pour que ce soit plus flagrant.
Un grand merci à Erwan"Oeil de Lynx" Le Saëc, qui m'a envoyé cet extrait du pocket Elvifrance "Outre-Tombe" et dessiné par Frollo - Où l'on retrouve une nouvelle réutilisation des mains du tableau de Frazetta. Comme quoi, il n'y a pas que les mauvais qui pompent...
Quant au pouce à gauche sur la photo, il est © 2010 - E.Le Saëc
On retrouve encore les mains du tableau de Frazetta sur l'affiche de ce film Espagnol de Jess Franco : "Virgen estre los Muertos".
Et puis tant qu'à faire, on n'a qu'à piquer le type chauve et la tombe derrière lui de la même affiche (celui au dessus du mot "Virgen") sur la couverture du numéro 37 (édition US) de EERIE. Je le mets en miroir, et HOP :
- " Ni-vu-ni-connu-j't'embrouille-il-est-ou-ton-portefeuille-il-est-plus-là !"
Encore ? Allez, une dernière image de Reese pour "Manque de peau"...
... directement venue du tableau de Frazetta "The Brain" et exécutée en couverture de EERIE # 8 (US) pour illustrer une histoire dessinée par le grand DITKO (France : EERIE n° 1 "L'Epée Démoniaque" ...
... Et qui me permet de conclure ma chronique par un autre emprunt fait au même tableau sur l'affiche du giallo italien suivant :
"L'assassin du Cimetierre Etrusque" de Sergio Martino - 1982 - dont le tueur est inspiré au peintre de l'affiche par "The Brain". L'ombre des bras/coudes/cage thoracique ne trompe pas !
Ouf ! C'est tout pour aujourd'hui.
A bientôt.