Activité et actualité éditoriale d'un auteur BD/illustrateur : commentaires bienvenus :)
Spéciale Cannes, spéciale cinéma avec quelques beaux détournements de peintures de Frazetta pour... le cinéma ! (y'en a déjà plus que trois qui suivent).
Allez, hop, on enchaîne, on enchaîne, très très vite (sinon les gens ils décrochent).
On commence avec "Warrior with Ball and Chain" (L'homme au Fléau) - couverture du roman "Flash and Swords" pour Dell Books - 1974
Un bel exemple de composition typiquement "frazettienne" :
1 - Des contrastes forts dans les points stratégiques du tableau pour diriger l'oeil du spectateur droit dessus (cornes noires du casque sur fond clair, tablettes abdominales, bouclier et la boule hérissée de pointes).
2 - Des décors aussi sommaires qu'évocateurs (Est-ce une mine ? le guerrier en question est-il une sorte de tortionnaire frappant un esclave, ou un prince noble chargé d'une sombre mission en quelques maléfique domaine? Les deux, mon capitaine ?...)
3 - Une manière fiévreuse de jeter le tout, qui donne cette sensation unique d'avoir pris LE cliché, au millième de seconde, qui fixe le mouvement, suscité de manière magistrale.
Frazetta disait : "l'Art, c'est un truc qui doit vous frapper droit entre les yeux". Qu'on soit d'accord ou pas avec cette définition, si c'était là son objectif, dans son domaine propre, il était en ce qui me concerne celui qui a le plus parfaitement réussi. Dans un registre radicalement opposé, j'irai jusqu'à rapprocher le travail d'un Franquin, la vie incroyable qui se dégageait du moindre de ses dessins, de ceux de Frazetta.
- Allons plus loin : Peut-on à partir de là, énoncer une loi scientifique sur le génie de la création qui doterais les gens dont le nom de famille commencent par "Fra"? Le docteur Frankenstein qui, penché par dessus mon épaule gauche surveille ma syntaxe à cet instant, me confie que oui. Bon, soit.
- Mais revenons à nos moutons. Le guerrier de l'image ci-dessous (couv de Star-Ciné Vidéo n° 7), ne vous fait-il pas un peu penser au Warrior juste au-dessus, jusque dans les (improbables) tablettes de chocolat ? J'ai bien dit le guerrier... Pas la guerrière : Régis tu m'écoutes ?
Toujours a partir du même tableau de Frazetta, on a pondu le visuel ci-dessous. Et non, je ne veux pas savoir qui a triché le premier sur Frazetta, vous avez tort tous les deux :
Affiche d'un nanar espagnol "Ator el Poderoso" (Ator, le Puissant) et sorti en Espagne en 1982 (comme le Conan de Millius). On peut en voir des extraits en VO sur You-tube (chaudement recommandé)
- "Ah ouais, le mec, tu m'étonnes qu'il est puissant : l'original de Frazetta il a qu'une boule et il a pas de gonzesse, alors qu'Ator, lui il en a trois, des boules, et pis il a uneuuu meuf ! En plus il a un énôôôrme glaive !"
- Régis, tu sors.
Reprenons. Voici un deuxième tableau de Frazetta " FLYING REPTILES" - peint en 1972 pour illustrer la couverture de "Pellucidar" de Edgar Rice Burroughs
- "Ah ouais, le mec qu'a inventé le Rice Crispies !"
- Je t'ai pas déjà dit de sortir, toi ? Tous tes petits camarades savent que ce Burroughs là est le papa de Tarzan.
Maintenant, on compare le tigre à dents de sabre sur le tableau ci-dessus avec celui de l'affiche d'Ator. Et maintenant on rigole bien fort.
On continue avec "The Invincible Barbarian" (Gunan il guerriero) - une des fameuses Conanneries (ce qui est bien avec ce mot, c'est qu'il en contient trois autres) produites dans la foulée de Conan. Maintenant, on regarde à nouveau le tigre à dents de sabre, (Je sais , c'est une obsession, chez moi), et on le compare avec...
... Avec celui de droite dans la peinture ci-dessou, telle que peinte par Frazetta en 1964 "The Cave Girl" (couverture de Savage Pellucidar)
Et que penser du bas de l'affiche de "The Invincible Barbarian", et de ses guerriers maltraités (pourtant pas évident à faire quand on a une nana qui vous tient la jambe)...
... Si on les compare à ceux qui se faisaient marrave la tête par Conan, dans cette couverture de roman peint par Frazetta en 1971 (Conan the Buccaneer) !
Le bouclier à pointe, devant passe la tête d'un casque pointu, et cet autre type à droite qui tombe en arrière : Pas de doute, c'est bien les mêmes : Faut quand même être un peu con pour emmerder ET Conan... Et GUNAN le Guerrier ! Le titre français les avait pourtant bien prévenus : "le Barbare Invincible" ! Ca veut pourtant bien dire ce que ça veut dire, Invincible !
Peut-être certains se demanderaient pourquoi je me donne tant de mal à dénicher ces contrefaçons.
Ma femme, par exemple.
Et bien primo : C'est parce que ça m'amuse ! Certains auteurs de comics ou illustrateurs ont envoyé de belles lettres d'amour à Frazetta en le citant respectueusement dans un de leur travail.
Deuxièmement, autre cas de figure, je fais ça aussi parce qu'il y a quand même des fois où ça m'agace, selon les cas. Alors en rigolant un peu, aux dépends des plagiaires, on remet gentiment les pendules à l'heure.
Et enfin, parce que j'ai souvent essuyé des haussements d'épaules à la mention du nom "Frazetta", comme si les thèmes traités en eux-mêmes, valideraient ou non l'intérêt de sa carrière. Et qu'on le compare souvent à ses suiveurs.
Montrer un type qui recopie une euvre ou des éléments de cette oeuvre, et en comparer le résultat avec le travail de construction de l'original est la meilleure manière que j'ai de trouver de rendre à César...
Exemple, avec le tableau "Le Destructeur" pour la couv de "Conan le Boucanier" cité plus haut; voici quelques traces du cheminement qui conduira un croquis à un chef d'oeuvre digne d'une scène de bataille toute droite sortie d'un tableau de Rubens.
- Je commence par une case de Prince Valiant, de Hal Foster et de qui Frazetta se réclamera toujours. La case doit dater du début des années 40. Le jeune Frank dévorais alors tout Foster et toutes les illustrations d'Allen St John (sur lequel je reviendrai une autre fois - Si si, ça me fait plaisir !).
Une petite trentaine d'années plus tard, premier rough à la gouache de Frazetta pour "The Destroyer".
Première version peinte. Si Conan est l'élément le plus modifié de la composition, par rapport au croquis, il n'a pas encore ici une position qui suggèrerait naturellement l'action.
Contrepartie imprimée de cette première version de "The Destroyer".
Version définitive. Ici on retrouve tous les points évoqués plus ahut pour caractériser, notamment, la patte Frazetta : Contrastes choisis par rapport à la direction du regard que l'on souhaite "intimer" au spectateur, décor sommairement, mais puissamment évoqué, et tourbillon alternant détails fins sur le visage, les corps et de petits éclats de métal volants au milieu d'un ciel, maelström de peinture sauvage !
Regardez à nouveau le Death Dealer : La recette est strictement la même !
Celui ci-dessous, "SAGARD The Barbarian", avec son guerrier couché en bas à droite flirte dangereusement avec l'homme au bouclier au même endroit dans le tableau de Frazetta, vous ne trouvez pas ?
Et voici à présent, comment on vous ressert une recette qu'on n'a pas vraiment inventée, mais qui se laisse quand même manger quand on a faim : Il s'agit ici d'une influence, mpême si elle est prédominante, et pas d'un plagiat.
Idem ci-dessous ... (Ken Kelly)
J'ai aussi trouvé ça (Norem ?)
Et des comme ça, il y en a des dizaines !
recueil de comics de Stars - couverture signée Dorman.
Sur le même modèle de la compo en triangle, avec le héros au sommet, Zaïtchick m'a envoyé ça : Cap America par Steranko (1969) ...
...auquel je rajoute le tout premier numéro de Wolverine en solo par Big John Buscema (1987)
Finissons cette chronique interminable avec une belle image de notre Druillet national, pour l'affiche du film "YOR, le Chasseur du Futur".
C'était donc une spéciale Cannes.
"Cinémaaaaa... Cinémaaaaaaaa !"