Activité et actualité éditoriale d'un auteur BD/illustrateur : commentaires bienvenus :)
Vite ! Prendre le temps entre deux boulots d'une petite chronique de "frazettades", vite fait bien fait.
Bill Wray est ce qu'on appelle aux Etats Unis un cartoonist. Quelque chose entre Plantu et Matt Groening. Il a en effet officié logntemps à Mad, et est surtout connu pour son apport graphique à un cartoon très fameux outre-Atlantique "Ren & Stimpy" (dans l'esprit de "Bob l'Eponge", ou "Oggy et les Cafards", si vous voyez.. Bien-sûr, que vous voyez).
Je l'ai connu pour ma part il y a une quinzaine d'années, lorsque je cherchais fébrilement chaque numéro de USA magazine. C'est dans un des numéros de cette mythique revue (pour moi en tout cas), que j'ai dégotté cette histoire courte "Scritch...Scritch... Scritch..."' dessinée par Wray.
Et ce qui est rigolo, c'est d'y relever un emprunt à Frazetta à peu près toutes les 5 cases !
Prenez la première page : il y a deux frazettades là-dedans.
Des preuves ? Je vous invite à regarder la nana dans les cases 3 et 6...
... Et à la comparer à celles dessinées dans les années 50 (3 décennies plus tôt) par Frazetta pour des pulps érotiques :
Observez maintenant la jolie pépée signée Frazetta de la case suivante ("Sans Coeur" - 1954) :
... Et comparez-la avec celle dessinée par Bill Wray, en page 2 de la même histoire : La main, l'encrage du bras droit... Jusqu'au bras improvisé par Wray, nettement moins bon que celui qu'il a copié sur Frazetta.
Vous n'êtes pas convaincu à 100 % ?
Alors jettez un oeil à l'homme à gauche dans la même case...
... Qu'on comparera avec celui d'une autre case de la même histoire (ci-dessous), et toujours signée Frazetta des années 50 :
On continue sur la bande de Wray quelques cases plus loin, avec une héroïne interloquée par la réaction de son compagnon.... qu'on comparera avec la femme dessinée (ci-dessous à droite) par Frazetta dans une autre des histoires de romance "Fausse Route" qu'il dessinera en1953 (à l'apogée de sa technique d'encrage à la plume).
Je n'ai pris ici qu'un bout de cette case pour mieux voir la femme. Car si je prends la case en entier dessinée par Frazetta... et que j'y ajoute la case qui suit ...
... On retrouve dans cette femme qui se tient le visage dans les mains un autre emprunt à Frazetta (même histoire signée de Wray) :
Revoici la même case, cette fois réinscrite en 5ème position dans la planche de Wray.
C'est désormais à la case 2 de cette planche qu'il faut regarder :
... Et comparer avec la sautillante héroïne et l'homme qui la suit, croqués par Frazetta dans une autre de ses histoires de romance, toujours des années 50 :
"Trop Tard pour l'Amour" - © Frazetta - 1953
Comme disait Desproges : "Etonnant, non?"
Pour une histoire de 5 pages, Bill Wray aura réussi à pomper Frazetta pas moins... de 8 fois !
Le record de Ralph Reese est donc battu de deux petits points !
Pour en finir avec ces histoires de romance de Frazetta, une petit emprunt de Jordi Bernet (dessinateur surdoué de TORPEDO) à Frazetta :
Dernière case de "Sans Coeur" par Frazetta - 1954
Case de "Nuit de Noces" par Bernet (dessin) et Abuli (Scénario) - © Vents d'Ouest
Pour terminer cette chronique, je vous propose une petite incursion dans les comics, avec deux couvertures de la fin des années 70.
La première est une couverture de Ka-Zar (l'ersatz de Tarzan made in Marvel), signée par Brent Anderson. Les Lugophiles français le connaissent principalement pour l'excellent Graphic Novel des X-Men "Dieu Crée, L'homme Détruit".
KA-ZAR numéro 13 par Brent Anderson...
Appréciez maintenant une des couvertures signée Frazetta pour le roman de E.R. Burroughs "Tarzan and the Castaways" (vers 1964) :
C'est presque touchant de se dire que le seul élément que Brent Anderson n'ait pas copié de l'original (le visage de "son" Tarzan), cet élément est totalement raté, et absolument pas raccord avec le graphisme du reste du corps de Tarzan.
Car la force de Frazetta est de démontrer à quel point une bonne illustration est celle ou une seule image nous donne l'illusion de voir ce qui s'est passé juste AVANT le moment illustré... et ce qui s'est passé juste APRES celui-ci.
C'est le résultat d'un savant mélange d'encrage : la direction des traits de vitesse sur les jambes, par exemple, de la tension dans les doigts et les muscles de la main qui tiennent la femme (on sent presque son poids)... et la précision machiavélique du noir de la branche à laquelle on imagine déjà le noir dans la main de Tarzan se saisir avec la force d'un étau.
Implacable. Toute l'intensité d'une fuite puissante est là, en un dessin.
Les copieurs ne copient que la forme, jamais le fond !
"Quand le sage montre la Lune, le singe regarde le doigt".
Pardon Brent : On est bien loin avec ton bonhomme au bras déformé qui fuit on ne sait quoi en s'accrochant à des intestins roses posés dans des arbres... de la classe de l'original.
Allez ! Une petite dernière pour la route, la couverture du mythique Conan signée du non moins légendaire John Buscema :
On compare maintenant avec le magnifique lion, dont l'asymétrie faciale rajoute encore à l'intensité de l'instant capturé par Frazetta, et la végétation au sol :
Quant au personnage de Conan, Buscema n'a jamais eu besoin de personne, ni même d'un livre de Frazetta posé pas trop loin de sa table de travail pour enfoncer tout le monde.
A bientôt.