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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 18:46

14 mois !

 

C'est le temps qui se sera écoulé depuis la dernière fois où j'ai pris le temps de pondre un article consacré aux copistes/détourneurs/hommageurs de ma plus grande idole : le dessinateur et peintre américain Frank Frazetta.

 

"Faites des gosses", qu'y disaient...

 

Et puisqu'il vaut mieux en mettre moins à chaque fois pour revenir plus régulièrement, je ne vais pas faire (trop) long.

 

Aujourd'hui, on va s'attarder sur quelques cases dessinées entre 1950 et 1953 par un tout jeune Frazetta (le bonhomme est né en novembre 1928), alors qu'il paufinait encore sa technique dans des comics, principalement des Western.

 

Durangokid 15 02 

Cette page est extraite de Durango Kid n° 15, et fait partie de la série écrite et dessinée par Frazetta dans sa jeune vingtaine : l'Indien Blanc (Dan Brand - White Indian).

 

L'intégralité des 6 pages de cette histoire - La dernière de la série (inédite en France) "The White Wolf" est visible en entier (parmi d'autres merveilles) sur ce blog époustouflant pour un fada comme moi : http://pencilink.blogspot.fr/2010/04/durango-kid-15-frank-frazetta-art.html

 

Je vais attirer votre attention sur la dernière case :

 

Durangokid 15 02case

 

 On a ici une posture typique des bandes de Frazetta où l'on voit un animal vu de 3/4 arrière, avec l'avant du corps dans l'obscurité.

 

Et quand il estime qu'une de ses compositions fonctionne, il n'hésite pas réutiliser celle-ci, ou (en bon peintre pompier qu'il est), à chercher à la développer pour en intensifier l'émotion .

 

La case en noir et blanc qui suit est extraite de THUN'DA (toujours Frazetta) au début des années 50.

 

Observez les similitudes entre le loup et le tigre à dents de sabre.

 

 

 

 

 

 

 

thun'da

A nouveau, sur cette autre case signée Frazetta à la même époque, on retrouve chez le loup, la même posture de 3/a arrière avec la tête dans l'ombre (ci dessous).

33p-case2 

.

 Je vous avais déjà montré la case qui suit (voir ici ), pour illustrer comment Kelley Jones comptait souvent sur frazetta (ainsi que sur Bernie Wrightson, Munch ou encore Gustav Klimt) pour composer ses cases.

 

deadman

 Deadman par Kelley Jones (1989)

 

Le loup montré un peu plus haut provient de cette planche montrée ici dans son iontégralité (très peu connue), signée Frazetta donc, et qui évoque fort un certain Petit Chaperon Rouge :

33 

Attardons-nous à présent sur la case qui précède celle analysée plus haut, la cinquième de la page :

33p-case1

 

On y trouvera une parenté avec le loup aux babines luisantes qui fait face à un Frodon remonté, et que frazetta dessinera en 1975, près de 25 ans plus tard, pour le portfolio du Seigneur des Anneaux (ci-dessous) :

LOTR-Frodo-Wolf

 

 A ce stade, on peut émettre une hypothèse : Dans les années 70, au sommet de sa gloire, Frazetta utiliserait les compositions de ses premiers travaux pour en tirer le brouillon de ses nouvelles oeuvres. On sait que le bonhomme ne considérait jamais un tableau comme fini, et qu'il pouvait (au grand dam de son entourage qui aurait préféré le voir faire de nouvelles images), repeindre directement sur la toile, une version nouvelle d'un tableau qui ne lui plaisait plus en l'état.

 

Vérifions l'hypothèse.

 

Nous allons voir à présent, comment une même case peut servir jusqu'à... quatre fois !

 

jimmiewakely

"The Million Dollar Tombstone," Jimmy Wakely n° 6 (Juillet-Août 1950)

 

Un gros plan sur la mule de la première case, avec cette pose des pattes arrières bien caractérisée, et la queue tournée vers la gauche : Sur un promontoire, les protagonistes regardent au loin les montagnes dans lesquelles ils comptent bien aller chercher de l'or.

jimmiewakely-case

 

 Planche issue de Durango Kid n°11 (1951). Frazetta a alors 22 ans.

Durangokid_11_05.jpg

 

Ici, un gros plan de la première case.

 

On retrouve la composition décrite plus haut d'un animal vu de 3/4 arrière, avec l'avant du corps plongée dans le noir, sur un promontoire (pour attirer l'attention du spectateur sur ce qu'observe la bête et son cavalier).

Cette case est extraite de l'édition française de l'Indien Blanc (éd. Fromage), écrit et dessiné par Frazetta en 1952.

white-indian

 

On retrouve la posture du cheval et du cavalier observant un convoi dans cette autre oeuvre de jeunesse de frazetta :

 

Star-Spangled-Com-113pp 

 (Star Spangled Comics n° 113 - 1951)

 

Observez comme la posture des pattes (toujours la même en arrière), la position du cavalier ancapé, le museau, la queue, sont rigoureusement les mêmes. Ici, on ne peut pas parler d'un tic de dessinateur, comme dans le cas précédent, mais bien d'une auto-copie !

 

Bien des années plus tard, en 1974, Frazetta se rappellera cette image qui lui avait bien plu, pour composer un de ses tableaux : The Rider (le Cavalier) pour une couverture de roman de E.R. Burroughs.

 

frank frazetta therider-400x503

 

Puisqu'elle a été peinte à peu près en même temps que son tableau le plus fameux "The Death Dealer" - 1975 (dont le cas a été traité ici), il a été avancé que le tableau ci-dessus en aurait été une sorte de version 0.1, mais Frazetta n'a jamais éclairci ce point.

 

Alors on peut aussi imaginer que la série de dessins de Frazetta pour le Seigneur des Anneaux en 1975, notamment la scène d'affrontement entre un Nazgûl et la belle Eowyn (ci-dessous) a pu, une fois mélangé au souvenir de la composition déjà utilisée quatre fois par Frazetta...

 

LOTR-nazgul_eowyn.jpg

 

... donner naissance au légendaire Death Dealer  (1975 également) !

 

deathdealer-vrai

 

Et dire que l'ancêtre de ce percheron tout droit sorti de l'Enfer, connu dans le monde entier, et récemment choisi comme mascotte d'un régiment d'US Marines...

 

Death-Dealer-Statue.jpg 

                      ... aurait pour ancêtre une bonne vieille mule !

 

Mais puisque cette rubrique ne serait pas ce qu'elle est sans une bonne Frazettade, je reviens brièvement sur The Rider peint par Frazetta en 1974 :

frank frazetta therider-400x503

 

... Pour venir le poser sagement au dessus du cavalier de La Roue (dessin de Kovacevic - Coll. Vécu - Glénat 2001)

 

drazen kovacevic - la-roue

 

 

Il me semble qu'au delà de l'anecdote du jeu de piste, on a avec ces quelques exemples de généalogie d'image chez un même auteur, une des raisons pour laquelle tant de dessinateurs ont cédé à la tentation de "piquer dans le jardin" de Frazetta (cf. ci-dessus !) : Frazetta semble nous laisser en héritage des recettes qui pourraient donner l'impression que ses "visions", son imaginaire, son esthétique, pourraient être reproduit facilement. Comme toute oeuvre qui semble "évidente" au yeux du public.

 

Mais quand on creuse un peu, on comprend qu'il a fallu à Frazetta qu'il digère ses nombreuses influences (Hal Foster, Allen St John, Roy Krenkel...) et qu'il a dû affûter son propre regard, pour trouver sa patte.

 

Derrière la nonchalance affichée du joueur de base-ball, dessinateur en dilettante (l'image qu'il aimait donner), son oeuvre semble être une suite d'éternelle tentatives de capter une émotion, en reprenant des même thèmes pour les transcender en leur donnant des nuances différentes à chaque fois. Pragmatisme d'un artiste commercial pressé d'aller jouer avec ses enfants... mais aussi véritable obsession d'un véritable artiste en urgence d'accoucher une vision fugace avant qu'elle ne lui échappe (la plupart de ses tableaux ont été fait en une session, parfois une nuit).

 

Comme Monet et sa série de rochers à la Pointe des Cotons (Belle Ile en Mer) ou le Mont Ste Victoire peint et repeint à l'infini par Cézanne.

 

Evidemment la comparaison a de quoi faire lever les yeux aux ciel, mais après tout, le mystère Frazetta (car depuis plus de 20 ans il continue d'exercer ce pouvoir sur moi), ne peut se laisser enfermer dans un simple costume de faiseur (certes à part) d'un art vulgairement commercial.

 

Par la récurrence de thèmes et de postures dans son oeuvre, on peut donc tout aussi bien choisir d'y voir un style unique, plus subtil qu'il n'y paraît, mille fois imité, jamais égalé.

 

Une caractéristique de son oeuvre qu'il semble partager avec une autre de mes idoles, dont les routes se sont d'ailleurs croisées, le temps d'une affiche de film :

 

clint_frank.jpg

 

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commentaires

Franck Jammes 04/01/2013 12:13


Ben Laurent, tu sais ce qu'il te reste à faire si tu dois dessiner des gros barbares ou des super-héros : beaucoup de musculation... ^^

Lefeuvre 04/01/2013 12:23



Mais... Je SUIS musclé !


Surtout après tout ce fois gras.



galien 04/01/2013 11:42


Passionnantes ces Frazettades, par ailleurs très agréables à retrouver, enfin ! :)


On peut se poser deux questions : est-ce que Frazetta faisait preuve d'excès d'humilité en faisant semblant d'être diletttante alors qu'il bûchait beaucoup (et pourquoi se faire passer pour
dilettante, alors que sans attraper la grosse tête il pouvait tout de même prétendre à un autre statut).


Ou bien aurait-il trouvé dans ses recherches une bonne recette de cuisine qu'il a su disons réutiliser (normal, ça fonctionne) voir peaufiner tout simplement (et donc on s'approche plutôt d'une
notion de confort) ?


Je connais pas le bonhomme -mais j'adore ce qu'il fait, probablement un des artistes qui m'ont motivés le plus- je pose la question en toute innocence.

Lefeuvre 04/01/2013 11:58



C'est une très bonne question que je me suis souvent posé !


Je pense que Frazetta avait au moins autant de respect pour les personnes "physiques", (c'est à dire les sportifs), que pour les artistes/illustrateurs !


Il a souvent souligné qu'à la différence de la plupart des artistes, qu'il jugeait malingres (et donc peu susceptibles de vraiment comprendre
le mouvement, le corps, l'action), il était très musclé et très physique. Et il n'est pas un livre sur lui où on ne le voit en tenue de joueur de base-ball, ou torse nu, ou mimant un
barbare, hache en main. Ainsi, à 50 ans passés, il confiait volontiers faire des pompes et des tractions avec un seul bras.


Du coup, j'y vois une coquetterie de sa part de faire passer l'idée qu'il mettait de la virilité dans ses tableaux... parce que lui-même était viril. Sous-entendu : les autres sont sympas... mais
(sous-entendu), ce sont quand même un peu des chochottes !


Dans le livre Frazetta, The Living Legend (1981), on le voit en compagnie de Stallone (photo pleine-page), Clint Eastwood (où l'on souligne leur ressemblance où
Frazetta prend la pose qui lui a servi pour peindre l'affiche de l'Epreuve de Force), et il cite Schwarzenegger comme un de ses nombreux fans.


Il me semble que l'ancien gosse bagarreur de Brooklyn a gardé de sa jeunesse le souci de ne jamais complètement passer pour un artiste, avec la part de doute, de recherche, et féminité qu'elle
implique.


D'où ce masque de nonchalance, cette frime de gosse qui dit "J'étais même pas à fond !"


Mais le désir constant d'épater, de rester le premier et le meilleur était bien évidemment là, jusquà la fin.



Franck Jammes 03/01/2013 16:38


Clint Eastwood s'est signalé lors de la dernière convention républicaine par un petit numéro au cours duquel il enguirlandait une chaise censée symboliser Obama :
http://www.lemonde.fr/elections-americaines/video/2012/08/31/video-clint-eastwood-l-etrange-soutien-a-mitt-romney_1753997_829254.html


 


Comme disait De Gaulle, la vieillesse est un naufrage.

Lefeuvre 03/01/2013 16:52



Ah mais oui bien sûr !


Nul n'est parfait (même Clint) !



Zaïtchick 03/01/2013 11:28


Hé, la photo, c'est celle de l'Homme qui parle à l'oreille des chaises, non ?

Lefeuvre 03/01/2013 12:34



Heu.. pas compris là !



phil 03/01/2013 11:28


cet homme est fou (et je ne parle pas de FF)


Mais c'est forcément  super intéressant

Lefeuvre 03/01/2013 12:34



Cinquiou la Cinq !



cromosome 03/01/2013 09:12


On l'a attendu longtemps mais alors quel EPOUSTOUFLANT article. Une superbe analyse, vraiment très intéressante. 2013 commence sous les meilleurs auspices !!! (j'en profite pour souhaiter une
bonne année à tous les lecteurs de ce site...ainsi qu'à son auteur). J'attends avec impatience un article sur la jolie blonde qui est ton autre idole et que je n'ai pas reconnu...

Lefeuvre 03/01/2013 09:22



Hello Cromosome,


merci pour les compliments !


Par contre, je ne vois pas de quelle blonde tu parles : la jolie minette qui fait face au loup sur la planche de Frazetta... ou celle (certes un poil moins affolante) postée devant la
cuisse de la statue du Death Dealer ? Si c'est la deuxième, il doit y a voir moyen que je lui refile ton 06 !


 



A Propos De L'auteur

  • Lefeuvre
  • Auteur BD/Illustrateur né en 1977, marié et papa de deux enfants.
  • Auteur BD/Illustrateur né en 1977, marié et papa de deux enfants.